« L’enfant de Noé » de Eric-Emmanuel Schmitt

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Résumé / Extrait :

« Nous allons conclure un marché, veux-tu?
Toi, Joseph, tu feras semblant d’être chrétien, et moi je ferais semblant d’être juif. Ce sera notre secret, le plus grand des secrets. Toi et moi pourrions mourir de trahir ce secret. Juré ?
– Juré »
1942. Joseph a sept ans. Séparé de sa famille, il est recueilli par le père Pons, un homme simple et juste, qui ne se contente pas de sauver des vies. Mais que tente-t-il de préserver, tel Noé, dans ce monde menacé par un déluge de violence ?

Mon avis : ♥♥♥♥♥

J’ai décidé de ne pas mettre plus d’extrait que celui contenu dans le quatrième de couverture, le livre étant court (120 pages) je préfère ne pas tout dévoiler. C’est encore une leçon de vie dans les lignes de ce roman que Eric-Emmanuel Schmitt nous offre de la délicatesse de sa plume.
On suit l’histoire de Joseph, enfant juif pendant la Seconde Guerre mondiale, qui est recueilli et caché par le Père Pons. Il va y découvrir l’amour, l’amitié, sa religion ainsi que celle de son bienfaiteur. C’est un roman empreint de solidarité, de bienveillance et de courage avec toujours cette dualité de tristesse profonde rempli d’espoir que E. E. Schmitt manie à la perfection. Le texte est poignant et le thème encore une fois sensible et tragique.
Le livre est très court comme je le disais et on a vraiment pas envie de le lâcher, on espère avec cet enfant qu’il survive et qu’il retrouve sa famille. Je dois même dire que j’ai ressenti un goût de trop peu, même si pourtant tout était dit. A la fin, je me suis retrouver perplexe et pensive, le livre dans les mains et un sourire aux lèvres, revivant l’histoire dans la mélancolie de l’avoir déjà finie.
C’est un très bel hommage à la religion juive et aux pauvres victimes de cette terrible guerre, avec parfois un franc-parlé et des vérités nécessaires. On note aussi une belle liaison dans le titre qui sont toujours bien réfléchis et subtils, ici il nous renvoi à l’histoire de l’arche de Noé. Le côté religieux et solidaire de cette histoire biblique, nous dépeint bien les idées principales du roman.
Encore un E.E. Schmitt époustouflant !
Les + : Un texte beau et subtil dans un contexte historique poignant. Une leçon de vie et de courage.
Les – : Livre très très court…

Livre lu dans le cadre du challenge Mystère 2016 initié par Frogzine

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« Ulysse from Bagdad » de Eric-Emmanuel Schmitt

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Résumé :

« Je m’appelle Saad Saad, ce qui signifie en arabe Espoir Espoir et en anglais Triste Triste » Saad veut quitter Bagdad et son chaos, pour gagner l’Europe, la liberté, un avenir. Mais comment franchir les frontières sans un dinar en poche? Tel Ulysse, il affronte le tempêtes, survit aux naufrages, échappe aux trafiquants d’opium, ignore le chant des sirènes, et doit s’arracher aux enchantements amoureux. Tour à tour absurde, bouffon, dramatique, le voyage sans retour de Saad commence…

Extrait :

Je m’appelle Saad Saad, ce qui signifie en arabe Espoir Espoir et en anglais Triste Triste. Parfois je suis Saad l’Espoir, parfois Saad le Triste, même si, aux yeux du plus grand nombre, je ne suis rien.
Au terme de ce voyage, au début d’un nouveau, j’écris ces pages pour me disculper. Né quelque part où il ne fallait pas, j’ai voulu en partir ; réclamant le statut de réfugié, j’ai dégringolé d’identité en identité, migrant, mendiant, illégal, sans-papiers, sans-droits, sans-travail ; le seul vocable qui me définit désormais est clandestin. Parasite m’épargnerait. Profiteur aussi. Escroc encore plus. Non, clandestin. Je n’appartiens à  aucune nation, ni au pays qui j’ai fui ni au pays que je désire rejoindre, encore moins au pays que je traverse. Clandestin. Juste clandestin. Bienvenu nulle part. Étranger partout.
Certains jours, j’ai l’impression de devenir étranger à l’espèce humaine…

Mon avis : ♥♥♥♥♥

Quel Triste voyage rempli d’Espoir, le tout caractérisé par ce prénom délicieusement choisi. Tout est dit avec lui : Saad Saad. Encore un mélange d’émotion dont E. E. Schmitt à le secret ! Pour ce roman, je ne vais pas pourvoir, comme avec les autres, m’étaler plus sur les évènements qui arrivent à ce jeune homme de peur d’en dévoiler trop. En effet, chaque action à un sens et un impact dans sa vie ; pas de blabla inutile juste une immersion dans cette vie.
Le sujet de ce livre est très sensible et tellement d’actualité, l’immigration et les horribles guerres menées dans le Moyen-Orient, on ne peut le lire sans faire un lien avec la guerre en Syrie qui éclate en ce moment (ou plutôt depuis 4 ans) ou sans faire un lien avec les tragiques attentats du 13 novembre à Paris. Il en devient un roman profondément triste et dénonciateur mais nécessaire, l’écrivain ne choisit jamais ces sujets au hasard et nous amène à regarder au-delà de nous même, au-delà de notre nation. J’ai, malgré la lourdeur émotionnelle du récit, passé un bon moment avec ce roman ; grâce à la finesse et la psychologie dont E. E. Schmitt sait faire preuve. Qualifié de normalien et de docteur en philosophie, on pourrait également lui donner le titre de fin psychologue. Une compréhension altruiste et sans jugement de l’Homme comme une sagesse bienveillante émane toujours dans ces livres.
De plus, le lien avec le voyage d’Ulysse (L’Odysée d’Homère) est très fort, je le trouve vraiment enrichissant pour l’histoire et finement trouvé. Il nous démontre aussi à quel point les livres anciens restent vrai malgré l’avancée dans le temps.
Pour finir, j’aimerais, quand même,  attirer votre attention sur une lettre que Saad Saad écrit à Vittoria (une des femmes qu’il aura dans sa vie) page 201 du format livre de poche. Le texte est magnifique, si vous n’avez pas l’envie particulière de lire ce roman, je vous conseille tout de même de lire cette lettre qui m’a profondément émue. J’espère qu’elle vous donnera autant de frissons 🙂
Les + : un sujet poignant avec un finesse d’écriture et une psychologie sans chichi, une sensibilité incroyable (j’ai fini le livre un nœud au ventre et les larmes aux yeux).
Les – : difficile que la lecture d’un livre si empreint d’actualité…

« La Part de l’Autre » de Eric-Emmanuel Schmitt

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Résumé :

« 8 octobre 1908 : Adolf Hitler est recalé. Que se serait-il passé si l’École des beaux-arts de Vienne en avait décidé autrement ? Que serait-il arrivé si, cette minute là, le jury avait accepté et non refusé Adolf Hitler, flatté puis épanoui ses ambitions d’artiste ? Cette minute-là aurait changé le cours d’une vie, celle du jeune, timide et passionné Adolf Hitler, mais elle aurait aussi changé le cours du monde… »

Extrait :

Qu’est-ce qu’un monstre? Un homme qui fait le mal à répétition.
A-t-il conscience de faire le mal ? Non la plupart du temps. Parfois oui mais cette conscience ne le change pas. Car le monstre se justifie à ses yeux en se disant qu’il n’a jamais souhaité le mal. C’est juste un accident de parcours.
Alors que tant de mal se fait sur cette planète, personne n’aspire au mal. Nul n’est méchant volontairement, même le plus grand rompeur de promesses, le pire des assassins ou le dictateur le plus sanguinaire. Chacun croit agir bien, en tout cas en fonction de ce qu’il appelle le bien, et si ce bien s’avère ne pas être le bien des autres, s’il provoque douleur, chagrin et ruine, c’est par voie de conséquence, cela n’a pas été voulu. Tous les salauds ont les mains propres. (…) Le salaud se regarde tranquillement dans la glace, il s’aime, il s’admire, il se justifie, il a l’impression – tant qu’il n’est pas mis en échec – de triompher des difficultés qui arrêtent les autres ; il n’est pas loin de se pendre pour un héros.

Mon avis : ♥♥♥♥♥

1er livre que je lis de cet auteur et je peux affirmer que cette lecture débouchera sur beaucoup d’autres !!
Au premier abord, je me disais : « Ne va-t-il pas trop se diriger vers un  récit de guerre ? » ou encore « Ne va-t-il pas trop romancer ce personnage qui réussit sa vie ? » Mettant alors en place un héros face à un monstre, le tout devenant décevant de banalité et de romantisme.
J’ai pu vite constater que mes a priori étaient à mettre à la poubelle. Eric-Emmanuel Schmitt nous présente les personnages tels qui sont. Un Adolf reçu qui vit sa vie de jeune homme et son apprentissage de sa propre humanité face à un Hitler qui n’est pas devenu Hitler en un jour. Les deux personnages sont criant de réalisme et la plume de l’auteur révèle une merveilleuse compréhension de l’Homme et de ses actions. Je parle évidemment de psychologie humaine et non de compréhension de l’action à proprement parlé.
En effet, le défi est de taille : comment parler de Hitler à une époque où la simple énonciation de ce nom apporte tout de suite un devoir de faire attention à ses paroles au vue de l’horreur qu’il a accompli… Et bien le défi est relevé !
L’auteur nous fait avancer dans son récit passant d’un personnage à un autre sans transition, ce qui apporte un dynamisme considérable à l’ensemble et permet de voir l’avancée psychologique des deux hommes face à leurs vies et aux évènements qu’ils traversent. Tout ceci nous renvoient, nous lecteurs, à un certain malaise au fur et à mesure que le livre avance car, incroyable mais vrai, nous arrivons à nous identifier ainsi qu’à « comprendre » par où passent ces deux hommes. L’auteur met en avant le fait que chaque homme peut devenir mauvais (et même un monstre) selon les choix qu’il prend et donc que tout un chacun décide de sa vie et de la direction qu’il veut suivre.
Les + : Ce roman se lit très facilement et entraîne une profonde réflexion sur l’Homme et sur soi-même ! La finesse et la poésie d’écriture d’Eric-Emmanuel Schmitt est délectable. A lire absolument !!
Les – : Peut être quelques longueurs mais c’est vraiment infime

coup de coeur