« Au-revoir là-haut » de Pierre Lemaitre


Résumé : 

1918. Rescapés du chaos de la Grande Guerre, Albert et Edouard, deux amis liés par le sort; comprennent que la France, si elle glorifie ses morts, ne donne pas de place aux survivants. Condamnés à l’exclusion, ils imaginent alors une arnaque d’envergure nationale, d’une audace inouïe et d’un cynisme absolu.

Mon avis : ♥♥♥♥♥

Me voilà réconciliée et même complètement disposée à l’égard de Pierre Lemaitre grâce à cette oeuvre ! J’étais au départ sceptique n’ayant que peu appréciée « Trois jours et une vie » de l’auteur et titillée par la peur de la déception avec tout le foin que ce livre a reçu, mais il faut dire quand même que ce roman a de bons arguments pour se laisser convaincre ! De mon côté, ce n’est pas le Prix Goncourt qui m’a attiré mais pour commencer la période vue sous un autre angle, puis vos chroniques toutes plus belles les unes que les autres et enfin… la réalisation du film par Dupontel ! Au final, je viens avec cette chronique vous parler d’un coup de cœur qui m’a tiré les larmes, une tragédie coup de poing profondément humaine sur une période inhumaine. Un roman qui ne laisse rien au hasard et qui pourrait être le support d’une analyse poussée en littérature…
« Je te donne rendez-vous au ciel où j’espère que Dieu nous réunira. Au revoir là-haut, ma chère épouse… » Derniers mots écrits par Jean Blanchard, le 4 décembre 1914.
On suit deux protagonistes « centraux », Albert et Edouard, rescapés de guerre, du moins dans la forme… Car bien que le livre commence à la fin de la guerre et nous les présentes comme deux soldats qui ont survécus, ils restent deux écorchés de guerre marqués par celle-ci. La guerre est une ombre fantomatique qui poursuit les personnages et malgré l’armistice signé elle ne semble jamais finie, elle plane dans leurs vies marquées au fer dans leurs corps et leurs esprits comme une dépossession de soi. Pour l’un physiquement, Edouard qui a perdu la moitié de son visage en sauvant Albert, et pour Albert psychologiquement, sursautant à chaque bruit. Une vie donc qui se poursuit, mais sur les décombres que la guerre a laissé.
Autour d’eux viennent d’autres personnages tout aussi importants, le père d’Edouard, Mr Péricourt, riche et très haut placé ainsi que le lieutenant Pradelle, une sombre ordure qui réussi en piétinant les autres (je ne peux pas en dire plus…!). Deux personnages qui ont presque autant de place que nos deux héros et qui représentent disons le côté obscur : le mal, l’injustice et la luxure. Si pour le premier, la rédemption se fait sentir, l’autre restera une figure maléfique durant tout le roman. On se plait à le haïr de pages en pages, souhaitant toujours un peu plus sa déchéance. Face eux, deux autres figures apparaissent, comme leurs doubles bénéfiques, la sœur d’Edouard, Madeleine, et une bonne travaillant pour Mr Péricourt, Pauline, incarnation de l’ange dans sa douceur et sa pureté. Si je parais tant insister sur les notions bibliques, ce n’est pas anodin. En effet, j’ai vraiment ressentie à plusieurs passages du livre la référence à Dieu, au Paradis et à l’Enfer, cela dans la personnalité des personnages qui entourent Albert et Edouard ; dans la Maison Péricourt prenant tout l’espace, immense et représentant la Maison paternelle, la Maison du Père ; ou bien directement dans le champs lexical du roman tel que la phrase écrite plus haut par un soldat faisant référence à Dieu et ouvrant l’ouvrage, ou encore dans des passages précis. Mais encore une fois, je ne peux pas trop en dire, j’arrête donc l’analyse ici. Quoiqu’il en soit ou « ainsi soit-il », la moralité dans ce livre est la pierre angulaire et nos deux héros sont au milieu combattant leur propre moralité dans un monde totalement immoral, ce sera d’ailleurs le combat principal d’Albert durant tout le livre.
L’arnaque, quant à elle, n’est que secondaire. Elle sert seulement à alimenter l’histoire, qui cherche plutôt à analyser les mouvements du cœur humain dans l’après-guerre. Une analyse bouleversante de la société, de la désolation laissée par la guerre dans le cœur des hommes mais aussi dans leurs rapports aux autres. Cette guerre qui n’en finit pas malgré l’armistice et qui laisse sa trace. Pierre Lemaitre analyse donc la manière de chacun de tenter de dépasser la guerre (souvent en vain), d’avancer sur ce champs de cadavres Patriotiques. Mais également l’analyse d’un gouvernement tyran qui a envoyé SES « enfants » à la guerre et n’a que peu d’estime sur SES sacrifices, ne sachant que faire de tous SES morts, malgré l’apparat déployé. Un gouvernement qui fait semblant de s’intéresser, de glorifier SES morts par des monuments mais laissant SES rescapés à l’abandon peut-être pour écarter SES témoins gênants. Voilà, un autre aspect intéressant de ce roman : l’être et le paraître en maître-mots surplombant la désolation humaine et sociétale.
On retrouve d’ailleurs cela à travers Edouard qui quotidiennement se crée des masques pour recouvrir son visage meurtri par la guerre. Pour couvrir sa perte d’identité avec la perte de son visage comme les soldats morts sans nom qui eux ne retrouveront jamais leur identité. Des masques comme une possibilité de se réécrire, de se transformer en ce que l’on veut être… Du moins, en apparence ! Et une arnaque montée en tant que revanche sur la guerre dirigée vers l’Etat mais pas seulement car sans trop vous en dire la relation au père est également très importante dans cette histoire… 
Ce roman n’est pas seulement un roman, à la manière des premiers romans d’analyse du XVIIème, Pierre Lemaitre a su nous plonger dans une période assez éloignée pour être glorifier mais aussi assez proche pour être imprégnée en nous comme vraisemblable mêlant ainsi fiction et véracité avec brio. Une magnifique oeuvre contemporaine qui attire notre attention sur la guerre comme autre chose que des poilus dans des tranchées combattant les méchants Boches. Une vision élargie de ce que nous apprend le secondaire à travers nos livres d’histoire et nos monuments aux morts implantés  partout en France. Pour finir, je vous dirais seulement : lisez-le ! Et j’ai vraiment hâte de voir l’adaptation de Dupontel qui j’en suis sûre a su retranscrire magnifiquement grâce à son style le cynisme et la fatalité de cette histoire.

coup-de-coeur

Post-scriptum : Quel magnifique titre rendant hommage et honneur à ce soldat mort au front et écrivant pour la dernière fois à sa femme. Pour tout vous dire, rien que la découverte de ce titre et du pourquoi à l’entrée du roman m’a bouleversé. Je le trouve empli de poésie et d’amour. Un superbe adieu renfermant l’espoir de se revoir…
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« Underground Railroad » de Colson Whitehead

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Résumé : 

Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord. De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le « misérable cœur palpitant » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté. L’une des prouesses de Colson Whitehead est de matérialiser l’« Underground Railroad », le célèbre réseau clandestin d’aide aux esclaves en fuite qui devient ici une véritable voie ferrée souterraine, pour explorer, avec une originalité et une maîtrise époustouflantes, les fondements et la mécanique du racisme.
À la fois récit d’un combat poignant et réflexion saisissante sur la lecture de l’Histoire, ce roman, couronné par le prix Pulitzer, est une œuvre politique aujourd’hui plus que jamais nécessaire.

Mon avis : ♥♥♥♥

Comme beaucoup, je me suis laissé tenter pour la rentrée littéraire de septembre par ce prix Pulitzer dont j’ai énormément entendu parler. L’appel de la renommée et le thème m’avait tout deux convaincue. En me jetant dans la lecture, j’étais donc en attente de beaucoup, trop peut-être…
On suit Cora, une jeune fille noire esclave sur un champs de coton. Abonnée par sa mère à son plus jeune âge, elle nous raconte la dure réalité de son quotidien sur la plantation. Puis le soir où Caesar l’aborde pour lui parler d’une folle idée d’évasion. Suite à cela, les événements s’enchaînent plus ou moins et l’on suit leur épopée en Amérique. De perte d’identité à nécessité de fuir, l’horreur de leur condition grandit au fil des pages et nous fait vivre à travers elle la violence de l’esclavage et le sadisme blanc de l’époque. Ce texte résonne donc comme un témoignage coup de poing grâce à la plume de l’auteur qui sait avec brio retranscrire la rage et la violence des faits.
Dans un pays comme l’Amérique (et même beaucoup d’autres) où les actes racistes sont encore (malheureusement) d’actualité et bien trop nombreux, ce livre est un bijou à passer de mains en mains pour qu’enfin cette triste réalité s’arrête et je comprends – et même je félicite – l’ovation et l’effervescence qu’il y a eu autour de lui. Mais d’un point de vue strictement littéraire, j’ai été déçu par le récit et j’ai vécu cette lecture comme un boulet à traîner… Je n’ai pas réussi à entrer vraiment dans cette histoire et à m’y « attacher ». Les chapitres sont longs et parfois débordent de détails qui n’ont que peu d’intérêt pour l’histoire. Je me sentais donc comme déconcentrée dans ma lecture, avec un œil dedans et une oreille dehors. Bon je vous l’accorde l’image n’est pas simple à se représenter mais en clair, je n’étais pas dedans, je me sentais discrète. Je me suis tout de même demandé si ma vie personnelle n’a pas eu un impact (avec le stress de l’approche des examens et la vie quotidienne qui fait que parfois on est plus discret que d’habitude) puis en me plongeant dans la lecture suivante je me suis rendue compte que non, il y a bien quelque chose dans ce roman qui faisait que je n’étais pas totalement saisie. C’est donc semi-convaincue que je ressort de cette lecture ! 
Pour autant, je ne déconseille pas de le lire, il n’en reste pas moins qu’il aborde un thème fort et nécessaire avec une virulence qui comme un post-it rappelle l’horreur commise. Alors à vous de voir et de vous en faire votre idée 🙂

« 1984 » de George Orwell

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Résumé :

« De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire vous fixait du regard. BIG BROTHER VOUS REGARDE, répétait la légende, tandis que le regard des yeux noirs pénétrait les yeux de Winston… Au loin, un hélicoptère glissa entre les toits, plana un moment, telle une mouche bleue, puis repartit comme une flèche, dans un vol courbe. C’était une patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens. Mais les patrouilles n’avaient pas d’importance. Seule comptait la Police de la Pensée. »

Mon avis : ♥♥♥♥♥

« BIG BROTHER IS WATCHING YOU ! »

Que l’on ai lu ou non ce livre, nous connaissons tous cette phrase mythique et mystique… Et lorsque j’ai commencé cette lecture, je n’échappais pas à cette règle. Je savais de quoi parlais ce classique, j’en ressentais d’avance le climat oppressant sous l’œil omniscient de l’Etat personnifié en BIG BROTHER ainsi que le peinture du totalitarisme ! Et pourtant, croyez-moi, j’étais loin des ressentis et du bouleversement qui se passe en nous au fil des pages.
On suit Winston Smith, membre du Parti extérieur, qui nous raconte cette société de 1984. Divisée en trois groupes, le Parti Intérieur, le Parti Extérieur et le Prolétariat qui ont chacun leurs règles et Winston faisant parti du 2ème est dans la catégorie la plus contrôlée. Il nous conte la propagande, l’appel à la haine, le contrôle sur l’individu jusqu’à la glaçante Police de la Pensée, la surveillance constante jusque dans les appartements, le conditionnement sans réel interdit, le non-droit du mariage d’amour et du plaisir sexuel… En clair, on découvre ébahit un régime totalitaire perfectionniste dont il semble qu’on ne peut échapper ou sortir du lot. Et tout cela sous contrôle d’un dirigeant jamais vu publiquement, peut-être même inexistant, mais qui exerce les pleins pouvoirs sur un peuple avec lequel il joue et auquel il fait croire ce qu’il veut…
Une société qui glace le sang. Bien sûr, aujourd’hui notre monde n’est pas tel que le décrit Orwell, mais les troublantes similitudes font peur. Il nous pousse au raisonnement jusqu’à parfois remettre tout en cause. « Celui qui a le contrôle du passé, disait le slogan du Parti, a le contrôle du futur » car en effet, l’Histoire est écrite et transmise. Mais écrite par qui ?! A quel moment ? Dans quel but ? Et pour le confort de qui ? Et si, des faits étaient modifiés, rectifiés par des mains opportunistes. Lequel d’entre-nous pourrait avoir la preuve de la falsification ? La vérité est dans les livres même si elle est fausse. Voici un exemple de questionnement au sortir de cette lecture. Mais d’autres viennent à nous, la guerre en est un autre exemple. Orwell nous dépeint la guerre froide, nous explique le pourquoi et forcément en ces temps troubles des questionnements surgissent. Ou encore la surveillance constante, n’est-on pas nous aussi perpétuellement tracés? Le portable, le pass Navigo, les GPS, Instagram, Facebook, Snapchat, même les Iphone sont maintenant capables tout seuls de nous nommer un numéro inconnu qui nous appelle… Mais, je vais m’arrêter là, je ne voudrais pas trop en dire.
Ce livre est un drame humain, un cri de désespoir qui montre bien l’état d’esprit littéraire d’après-guerre. Le besoin de reconstruction et la perte d’espoir en l’homme et ses semblables, en l’homme pour ses semblables. Un roman qui écrit quelques années avant aurait rejoint la liste de l’Inquisition. Le tout écrit avec une plume incisive et captivante ! Un classique à lire, bien qu’il laisse un goût amer et nous interroge sur notre société de façon profonde.
coup de coeur

« Kafka sur le rivage » de Haruki Murakami

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Résumé :

Un adolescent, Kafka Tamura, quitte la maison familiale de Tokyo pour échapper à une malédiction œdipienne proférée par son père. De l’autre côté de l’archipel, Nakata, un vieil homme amnésique, décide lui aussi de prendre la route. Leurs deux destinées s’entremêlent pour devenir le miroir l’une de l’autre, tandis que, sur leur chemin, la réalité bruisse d’un murmure envoûtant.

Mon avis : ♥♥♥♥♥

Lorsque j’ai commencé cette lecture, je ne m’attendais pas du tout à cela. Une amie me l’a conseillé et en me lançant dans l’aventure Murakami dont j’avais souvent entendu le nom, étrangement je ne pensais pas : fantastique ! Imaginez donc ma surprise quand Nakata se met à discuter avec un chat, une belle surprise d’ailleurs qui m’a laissé étonné et rêveuse (et oui, un rêve de petite fille ! Comme dans Sailor Moon, je parle souvent à mes chats, m’enfin je comprends pas ils ne me répondent jamais, les bougres !!). La suite m’a hypnotisé bien que parfois j’étais plus dans le cauchemar que dans le rêve ! Mais maintenant que le postulat de base est posé, passons à la suite…
Kafka et Nakata, que rien ne lie de primes abords, prennent tous deux la route pour des raisons différentes. Mais la quête ou la sortie de ce labyrinthe sera la même, celle d’eux-même. C’est donc une quête initiatique des deux personnages qui se trouve dans ces pages. Si l’un fuit la maison parentale pour éviter la malédiction prophétique émise par son père, à savoir « tu tueras ton père puis coucheras avec ta mère et ta sœur« , l’autre prend la route suite à un meurtre qu’il a commis et pour remettre en place ce qui à été déplacé dans sa jeunesse. Bon tout cela reste confus, je vous l’accorde, mais c’est aussi la beauté du livre. Cet ouvrage est dur à conter, il se lit et se vit…
En effet, Murakami joue avec le fil sensible qui sépare la réalité du rêve et du fantastique. Avec de nombreuses métaphores, il navigue entre onirisme et réalité nous laissant parfois un peu dans l’obscur et donnant ainsi la possibilité au lecteur de sa pleine imagination. Si bien que tout le mystère ne s’éclaire pas entièrement même à la fin. En clair, il nous donne un élan et nous laisse vivre notre lecture. Je pense que chacun à sa propre émotion dans ses pages, chaque scène résonnant en nous face à notre expérience et à ce qui nous touche. Le mystère retient d’abord notre attention, puis la magie de cette douce avancée fantastique nous prends, nous hypnotise et tisse une toile de plus en plus épaisse dont on ne veut plus s’échapper. Il nous enivre de sa plume qui semble nous dire : « Tout est possible ».
Et au-delà de cette brume mystérieuse et divine dont parfois les passages sont insoutenables, d’où mon utilisation de cauchemar au début, l’auteur nous livre une montagne de références littéraires et culturelles. Tout d’abord prenons le prénom du personnage central, Kafka qui a lui-même choisit ce nom pour sa fuite. Celui-ci est plein de sens si l’on reprend les œuvres du célèbre auteur thèque homonyme : « La Métamorphose » comme le nom de l’oeuvre l’indique, mais aussi l’idée du labyrinthe dans « Le Château » et la peinture brute de la condition humaine dans la presque totalité de ses œuvres. Ensuite, parlons du récit lui-même qui reprend le mythe d’œdipe et se construit autour de lui comme une tragédie grecque, une sorte d’épopée contemporaine. Et pour finir, Kafka étant un grand lecteur et s’installant dans une bibliothèque, les références littéraires défilent donc pour le plus grand bonheur de son lectorat.
Murakami est en conclusion un ovni divin que je ne peux que vous conseiller si vous n’avez pas encore tenté l’expérience. Car que l’on aime ou que l’on déteste, on ne peut nier qu’il a une patte bien à lui qui le rend unique en son genre dans notre si chère littérature.

coup de coeur

« Syndrome O » de Bénédicte Vidor-Pierre


Résumé :

Primatologue, Ben entretient une relation très particulière avec les grands singes qui occupent le zoo où elle travaille.Malgré son asociabilité, elle est liée avec la fêtarde et libertine Châle, et Marie-Céline, un peu cruche mais attachante.
Le quotidien de ces trois femmes s’enracine, au fur et à mesure, au cœur de la frontière entre l’Homme et l’animal qui s’avère de plus en plus trouble.

Mon avis : ♥♥♥♥

En premier lieu, je tiens encore une fois à remercier l’auteur, Bénédicte Vidor-Pierre, pour la confiance qu’elle m’a donné en m’envoyant son bébé. Je suis très contente et très fière d’avoir pu lire ce roman et de ce partenariat blogueur/auteur ! 🙂
Maintenant, venons en au livre ! On suit le quotidien de trois femmes et amies complètement différentes : Ben, primatologue introvertie à qui les codes de la société sont totalement étrangers, Châle qui vit en quête perpétuelle de plaisirs et excès, et enfin, Marie-Céline, raisonnable et croyante qui rationalise un peu près tout sauf sa foi (quoi que !). Sur fond de leurs rendez-vous amicaux, on voit Ben avancer auprès des singes, dans sa relation à eux, qu’elle considère comme presque plus humains que les humains. Un lien étrange s’établit et l’on en vient à se demander si elle n’a pas raison…
J’ai beaucoup apprécié cette lecture, riche en débats philosophiques passant par le darwinisme, l’épicurisme ou encore le cartésianisme. Un roman qui pousse à la réflexion sur le genre humain et son lien étroit avec nos amis, les animaux. Un coup de pied dans la fourmilière des codes établis et des frontières entre Homme et animal.  Aristote et son « l’homme est un animal social » n’a qu’à bien se tenir face à Ben dont le côté animal est, certes, fort développé mais l’aspect social complètement désuet. En bref, une pépite philosophique qui entre-mêle des pensées fort différentes ! Chapeau à l’auteur !
Malgré le plaisir que j’ai eu à cette lecture, j’ai quelques bémols à mettre en avant :
  • la construction du roman, ou du moins son organisation, qui passe parfois trop vite d’une scène à l’autre sans réellement nous y préparer rendant la transition un peu confuse.
  • Enfin… J’en voulais plus ! Ce n’est pas un vrai bémol mais je pense que l’approfondissement de certaines scènes auraient étoffé le roman ! Surtout que la plume de l’auteur est très agréable ! Franche, directe et subtile : un régal !

Encore une fois merci à l’auteur et aux éditions abordables, et à vous tous mes croq’mots : n’hésitez pas 🙂

« Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » de Harper Lee

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Résumé :

Dans une petite ville d’Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche. Celui-ci risque la peine de mort

Mon avis : ♥♥♥♥♥

Chronique un peu tardive pour ce livre mais j’ai du digérer un peu le climat ségrégationniste du roman avant de me lancer dans cet article. Comme dit dans le résumé, au cours de l’histoire un procès opposant un Noir accusé de viol sur une Blanche va avoir lieu… Mais, je trouve que ce résumé ne représente que mal le livre. L’auteur nous plonge en réalité dans la vie d’une famille Blanche dans les années 30, pendant la Grande Dépression américaine, mais aussi dans la vie d’une communauté, la petite ville sur le déclin de Maycomb en Alabama. On suit leur histoire à travers les yeux de la cadette de la famille, Scout Finch. Celle-ci nous émerveille par son caractère bagarreur, culotté et très dégourdi, tout en donnant un ton enfantin et interrogateur sur les évènements, et notamment le fameux procès qui aura lieu au deux tiers du livre. En bref, ce personnage est un bijou qui porte le livre sur ses frêles épaules.
J’avais souvent lu que le début pouvait être long, et j’ai compris ce sentiment en le lisant… En revanche, je pense (peut-être que je me trompe) que ce sentiment de longueur vient de ce résumé qui ne colle que peu à la véritable histoire du livre, entraînant un climat d’attente de ce procès qui finalement n’est qu’un triste et révoltant détail dans les pages. Pour ma part, je ne me suis pas ennuyée, j’ai dévoré les premières pages qui sont un hommage tendre à l’enfance mais aussi un cinglant constat des incompréhensions d’un enfant pure face aux évènements d’un monde parfois – souvent – cruel.
Le climat ségrégationniste dont je vous parlais au début se déroule en fait tout au long du roman, l’auteur ne traite pas que de ce procès révoltant mais nous plonge dans la réalité des années 30 et dans l’horrible normalité du racisme. Qu’il soit envers les personnes de couleurs mais aussi envers les personnes jugés instables par la communauté et mises de côté. En faite, ce roman est une brillante mise en scène de la condition humaine, pendant cette période de l’histoire, dans un village. Ce qui inclut indiscutablement les cancans, les jugements, les commères, et la honte qu’un acte peu apporté sur une famille. Et l’acte qui sera jugé ici par la communauté est le fait que le père, Mr Finch, soit l’avocat de l’homme noir accusé de viol.
Mais parlons un peu plus de cet figure paternel, cet homme se place comme le pilier de la tolérance et de l’apprentissage de la justesse et de la modération dans ce roman. Un homme droit, instruit, tendre et profondément juste qui laisse à ses enfants le loisir de découvrir les choses par eux-même, mais  qui garde un œil toujours bienveillant en leur transmettant des notions humaines essentielles.
Pour finir, je conseille ce livre à tout le monde surtout dans cette période de troubles qui est la nôtre, il nous rappelle certaines erreurs du passé et la fine limite entre la peur de l’autre et le rejet qui aboutit à l’inhumain. Un triste et merveilleux hommage à la tolérance dont le succès est intemporel !

 

« L’Égoïste romantique » de Frédéric Beigbeder

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Résumé :

Cette histoire débute en l’an 2000. Oscar Dufresne a trente-quatre ans. C’est un écrivain fictif, comme il y a des malades imaginaires. Il tient son journal dans la presse pour que sa vie devienne passionnante. Il est égoïste, lâche, cynique et obsédé sexuel – bref c’est un homme comme les autres. Ainsi l’auteur définit-il son livre, journal d’un people et chronique d’une génération :  » Il faudrait inventer pour le délire dufresnien, en hommage à Malraux, la dénomination d’antijournal. C’est un miroir déformant que je promène le long de mon nombril. « 

Mon avis : ♥♥♥♥♥

Je ne pensais pas un jour mettre une telle note à un roman de Beigbeder, comme vous le savez probablement : il est provocateur, sale gosse, nombriliste à souhait, superficiel, cru… Bref, des qualités exceptionnelles pour un écrivain de sa catégorie 🙂 On aime ou on déteste, c’est clair et de mon côté, comme vous l’avez constaté pour ceux qui me suivent depuis quelques temps, j’adore cet auteur cynique et tête à claques ! Mais là ……………….
Pour mettre les choses à plat dès le début, j’ai abandonné aux 3/4 du roman donc peut-être ai-je loupé un rebondissement inouï à la fin (bien que j’en doute !). On suit Oscar Dufresnes, homme plein de fric, particulièrement détestable et pathétique, au travers d’un journal intime qu’il écrit – quasi – quotidiennement. Alors c’est la déferlante de peoples, de soirées, d’envies et de situations outrancières et sur ce point c’est assez ressemblant à ce que l’on a l’habitude de lire dans les romans de l’écrivain. De la semi-autobiographie qui nous fait rire par son fatalisme et son désespoir optimiste de la vie et des choses. Hors dans celui-ci le truc : c’est qu’on s’emmerde ! Littéralement !
Je m’explique : pour commencer tout est complètement décousu, des pensées par ci, une ou deux situations grotesques par là, un patchwork sans fond lié simplement par les jours qui s’enchaînent (bon allez si, il y a deux ou trois nanas qui reviennent souvent…) donc déjà, j’étais refroidie par ce fatras qui semble n’emmener nulle part. De plus, je suis habituée à la superficialité de Beigbeder mais là, c’est peut-être con mais je l’ai trouvé inutile, sans profondeur, juste placée là pour dire je suis superficiel et alors ! En principe, il joue toujours de celle-ci, en y incluant une sorte de sens, de critique, de consistance et pas ce puits sans fond ! Du coup, au début, je me suis motivé à continuer et puis à force, j’ai laissé tomber… Je n’aime pas abandonner mes lectures mais parfois, c’est salutaire et là, c’était le cas !
« Au secours, pardon » Mr Beigbeder, mais pour moi bien que fan, ce roman est un raté ! M’enfin, c’est pas bien grave, cela ne m’empêchera pas de me plonger dans les autres nés de votre plume ! – genre, la nana qui lui parle x)