Vipère au poing – Hervé Bazin

Découverte Classique – Éditions Le Livre de Poche – Prix 4,60 €

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Vipère au poing, c’est le combat impitoyable livré par Jean Rezeau, dit Brasse-Bouillon, et ses frères, à leur mère, une femme odieuse, qu’ils ont surnommée Folcoche. Cri de haine et de révolte, ce roman, largement autobiographique, le premier d’Hervé Bazin, lui apporta la célébrité et le classa d’emblée parmi les écrivains contemporains les plus lus.

Haine & Maltraitance

C’est l’histoire de la Famille Rezeau. Vieille famille bourgeoise, héritière de privilèges, et vivant dans le château de La Belle Angerie. Mais plus précisément, c’est l’histoire d’une haine profonde entre un fils et sa mère. Mme Rezeau, née Pluvignec, est une femme odieuse, cruelle et rigoriste qui va faire vivre un enfer quotidien à ses trois enfants, dont Brasse-Bouillon, ou Jean, notre narrateur. 
D’abord, peureux et craintif, il se questionnera à de nombreuses reprises sur cette mère sadique et sans affection, rebaptisée Folcoche. Puis, en grandissant, Jean se révèlera être formidablement doué pour entrer dans le jeu maternelle, un jeu d’échec sombre et malsain se lance ainsi entre mère et fils. Un bras de fer allant même jusqu’à l’idée d’un assassinat ! Si le lien maternelle est en toute normalité construit par l’amour, ici c’est la haine qui le tisse et le consolide. Brimades, violences physiques et mentales, la mère ne recule devant rien pour imposer son autorité face à ce fils rebelle. Un enfant insoumis porté par sa volonté de vengeance, gravant un V.F – Vengeance Folcoche – sur chaque arbre qu’il croise, mais un fils ressemblant finalement énormément à cette mère si détestée… 

Rupture & Renouveau

Au delà de cette haine prégnante, un autre bras de fer se joue dans ce roman. Celui d’une époque révolue qui se manifeste de deux manières différentes : d’abord par le passage de Jean de l’enfance à l’adolescence. Un passage forgé par la haine dû à une innocence brisée dans le vif et l’obligation de survivre par la combativité. 
Mais en arrière plan de cette relation pernicieuse, c’est aussi toute une époque qui agonise, celle des privilèges. Cette famille issue d’une grande lignée de bourgeois – voire d’aristocrates – voit l’abolition de cette vie d’antan. Agonie d’une vie oisive et d’une éducation austère et rigoriste, mais aussi époque de l’avènement ouvrier. Triste époque pour les bourgeois donc, qui tentent de se raccrocher aux dernières particules de leurs prérogatives et refusent de voir la vérité en face. 

En une phrase…

Un roman viscéral ! À lire absolument ! 10/10 !

Les dieux ont soif – Anatole France

Découverte Fac – Éditions Le Livre de Poche Classiques – Prix 5,80 €

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Les dieux ont soif : quand il choisit pour titre ce mot de Camille Desmoulins, Anatole France ne veut nullement rejeter sur une fatalité tragique les atrocités de la Terreur. Ce texte admirable décrit l’horreur du fanatisme, l’obscurantisme gagnant les Lumières elles-mêmes, la barbarie prenant le masque du progrès. En 1912, ce livre du patriarche de la Gauche française qui dénonçait les excès de la Révolution fut accueilli comme un paradoxe. Aujourd’hui, cette représentation alarmée de l’histoire se lit comme une lucide préface à l’horrible xxe siècle, un avertissement contre l’ignorance et la peur qui engendrent la bêtise, la grande tueuse.

Symbolisme populaire & Illusion du changement

France écrit ce texte en 1912. Celui-ci sera reçu comme un choc électrique car jusqu’ici personne ne condamnait les actes barbares menés par la Révolution ! Rappelons-nous la célèbre théorie du bloc de Clemenceau en 1891 « La Révolution est un bloc ». Alors bien que l’auteur ne soit pas contre-révolutionnaire et qu’il n’ai aucunement eu le projet d’écrire un roman ayant cette résonance, le climat social de sa publication et le regard que ses contemporains ont eu dessus laisse une empreinte qui vaudra à Anatole d’être si peu connu – et non étudié à l’école, voir la réaction des bacheliers de 2016 parlant de notre Prix Nobel 1921 comme d’un inconnu, si si, je vous jure !!! Bon ok, je dramatise, le pourquoi du comment Anatole a été tant mis de côté est un cocktail de nombreuses choses, néanmoins les faits sont là et je souhaite une réhabilitation ferme pour cette belle plume
L’auteur nous fait suivre Évariste Gamelin – dont le nom sera gravé à vie dans ma tête pour l’impact du personnage mais aussi pour l’avoir écrit 1500 fois dans mon dossier universitaire – parfait prototype du fanatisme révolutionnaire. Peintre raté qui trouvera son idéalisme esthétique et idéologique dans son poste de juré du Tribunal révolutionnaire en participant à la tuerie paranoïaque et inhumaine de la Grande Faucheuse – comprendre ici, la tristement célèbre guillotine, le panier à Samson. Gamelin condamnera tout le monde, des inconnus d’abord, puis son beau-frère et enfin ses ami(e)s. 
Mais avant d’en arriver à ces condamnations, France installe un regard sceptique au lecteur en démontrant un climat d’inchangé dans ses pages. En effet, malgré le bouleversement révolutionnaire prometteur d’un renouveau pour le peuple, il laisse entrevoir une forme utopique de ses changements. Le peuple se trouve toujours dans la misère et les habitudes monarchiques persistent ; tandis que la justice implacable et tyrannique reprochée au monarque se voit renouveler par le Comité de Salut publique, au même titre qu’une religion seulement ranimée sous un nouvel aspect. Le symbolisme populaire permet la mise en lumière des désillusions de la Révolution en marche, mais France dans cette perspective utilise également le discours.

Dialogisme & scepticisme révolutionnaire

Le premier discours critique vis-à-vis de la Révolution et de ses acteurs est le discours maternel – celle que l’on peut voir comme une personnification de la Mère Patrie – dont il résulte un peuple affamé et un scepticisme certain quant au devenir des idéaux révolutionnaires : « Mais ne me dis pas que la Révolution établira l’égalité, parce que les hommes ne seront jamais égaux ». Une vision critique que Gamelin refuse d’écouter. D’autres personnages viendront contrecarrer ses idéaux tels que le père de sa chère et tendre, ses ami(e)s, sa soeur et son beau-frère.
En définitive, France soumet Gamelin au pragmatisme des personnages féminins et masculins l’entourant. Ce dialogisme hétérogène résonne comme l’unité de la voix populaire et manifeste une attitude encline à se questionner sur ladite période ; non seulement sur les institutions mises en place – notamment la nouvelle religion et la nouvelle justice – mais aussi sur les agissements propres à cette Révolution qui libère le peuple sous la devise « Liberté, Égalité, Fraternité », mais dont les maîtres mots sont aussi misère, guillotine et obédience.

Mort & Effet de cycle

La Mort est présente partout dans cet ouvrage que ce soit dans les odeurs et le paysage parisien comme dans l’évolution narrative elle-même. Déjà, Gamelin a pour modèles deux destins funestes et controversés : Marat, puis Robespierre. Les deux hommes, acteurs principaux d’une Révolution implacable, finiront tous deux morts pour le Révolution. On peut ainsi voir dans ces deux figures adulées se profiler un destin tout aussi funeste pour notre anti-héros prêt à tout, comme ses modèles, pour la République. De plus, le remplacement de Marat par Robespierre vient également signaler un premier aspect cyclique dans le roman francien. 
La guillotine participe également à cet effet de cycle en montrant une justice toujours assoiffée de victimes ; et enfin, c’est la mort de Gamelin qui boucle la boucle – pardon pour le spoil mais il ne s’agit pas d’un rebondissement fictionnel. Inévitable, elle intervient non seulement pour renforcer l’effet de cycle, mais permet également de soulever une forme d’échec révolutionnaire. Ainsi, le cycle renvoie à l’inchangé qui par analogie renvoie, lui, à une forme d’échec. Plutôt qu’un roman contre-révolutionnaire, j’y vois moi, un roman de l’échec de l’humanité. 

En une phrase…

Un roman délicieux qui marque les esprits et fait réfléchir sur la capacité humaine à se laisser aveugler par effet de masse et de peur. 10/10 !

« Recherche Jeune Femme aimant Danser » de Mary Higgins Clark

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Résumé:

Pour aider une de leurs amies, productrice de télévision, à réaliser un reportage sur les journaux de rencontres, Darcy Scott et Erin Kelley répondent à des petites annonces. L’occasion, peut-être, de trouver le prince charmant, avait ajouté en riant Nona. Charley, lui, a une passion pour les petites annonces. Il les rédige toutes de la même manière : « Recherche jeune femme aimant danser. » Déjà sept filles sont enterrées dans sa propriété, chacune avec une magnifique chaussure de bal au pied droit. Charley aime tellement danser…

Aparté pour vous, mes croq’mots : encore un retour après 1 mois de silence… J’en suis confuse et désolée mais le temps des examens est toujours bien trop intense en lui-même, d’autant plus que je le mène en parallèle du travail ! Alors bien que je n’étais pas présente et que cela m’arrivera encore (n’étant qu’en 2ème année de licence), ne doutez surtout pas que je pense à vous et aux nombreux articles que je loupe sur vos blogs !! Néanmoins, voilà une année finie qui devrait se solder par une admission 🙂 Alors je suis heureuse de vous retrouver et d’être absolument libre pour les 3 prochains mois ! Bien à vous ♥

Mon avis : ♥♥♥♥

Voilà une lecture qui me tenait à cœur car offerte par ma Binomette Nath de « Mes Lectures du Dimanche » et de surcroît, un roman qui a marqué un tournant pour elle dans sa vie de lectrice 🙂 Le tout faisant naître en moi une grande joie de le découvrir !
J’ai passé un délicieux moment avec ce thriller qui tisse sa toile autour de vous, resserrant toujours un peu plus les mailles jusqu’au bouquet final. Du MHC dans sa splendeur : simple et efficace 🙂 On suit l’histoire de Darcy et Erin qui, pour aider une amie journaliste, ont accepté de répondre à des petites annonces (journalistiques hein ^^ comprenons-nous bien : pas d’Internet encore dans ce roman !). Tout se déroule normalement jusqu’à la disparition d’Erin… Darcy se lance alors, en parallèle de la police, à la recherche du tueur quitte à se transformer elle-même en appât !
J’ai particulièrement aimé la vraisemblance du danger des petites annonces puis le jeu mis en place par l’auteur autour des nombreux prétendants qui semblent tous aussi suspects les uns que les autres. Un jeu de piste qui nous enlace et nous fait chaque fois activer une cellule grise d’alerte pour l’héroïne. Néanmoins, je me suis de temps à autre un peu perdue dans les noms, il faut l’avouer ! En soulignant, tout de même, que cela n’a rien enlevé à mon plaisir 🙂 Car même s’il sont nombreux, je les ai tous aimé ! De plus, l’auteure a un sens aiguisé pour créer une tension palpitante et cela même si je me doutais de l’identité du tueur ! En résumé, ce fut un vrai régal !!
Un thriller que je suis heureuse d’avoir lu et qui laisse ses traces ! J’ai d’ailleurs ajouté « La Nuit du renard » à ma PAL quelques jours après 🙂 Merci Nath pour cette découverte et ce chouette moment !

C’est Lundi, Que Lisez-vous ? #53

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Il est l’heure du RDV du Lundi initié par Mallou et repris par Galleane. Mais avant d’aller plus loin, voici un petit rappel du principe :
Il vous suffit chaque lundi de répondre à ces trois questions :
  • Qu’ai-je lu la semaine passée?
  • Que vais-je lire ensuite?
  • Que suis-je en train de lire en ce moment?
Ensuite, RDV sur le blog de Galleane pour y laisser le lien vers votre article :)
La semaine passée, j’ai fini le brillantissisme…
« Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre
Un énorme coup de cœur pour ce roman Goncourt ! Mélangeant fiction et réalité, l’auteur nous entraîne dans les turpitudes d’après-guerre et nous offre une nouvelle vision de la première guerre mondiale. Fataliste et cynique à la fois, une véritable pépite ! Si vous désirez en savoir plus, cliquez ici 🙂
En ce moment, je suis dans la lecture d’un Service Presse reçu par HC Éditions dans le courant du mois dernier…
« Le vol du gerfaut » de Jean Contrucci

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Une histoire de vol organisé de manuscrit, un agréable moment de lecture bien que le début fût un peu long à démarrer mais attendons la fin pour en dire plus 🙂
Ensuite, je me lance dans la lecture épistolaire dont je vous ai touché deux mots la semaine dernière dans le cadre du Challenge LC Classique avec Mes Lectures du Dimanche :
« Lettres » de Mme de Sévigné

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Et vous, que lisez-vous ?

 

« Au-revoir là-haut » de Pierre Lemaitre


Résumé : 

1918. Rescapés du chaos de la Grande Guerre, Albert et Edouard, deux amis liés par le sort; comprennent que la France, si elle glorifie ses morts, ne donne pas de place aux survivants. Condamnés à l’exclusion, ils imaginent alors une arnaque d’envergure nationale, d’une audace inouïe et d’un cynisme absolu.

Mon avis : ♥♥♥♥♥

Me voilà réconciliée et même complètement disposée à l’égard de Pierre Lemaitre grâce à cette oeuvre ! J’étais au départ sceptique n’ayant que peu appréciée « Trois jours et une vie » de l’auteur et titillée par la peur de la déception avec tout le foin que ce livre a reçu, mais il faut dire quand même que ce roman a de bons arguments pour se laisser convaincre ! De mon côté, ce n’est pas le Prix Goncourt qui m’a attiré mais pour commencer la période vue sous un autre angle, puis vos chroniques toutes plus belles les unes que les autres et enfin… la réalisation du film par Dupontel ! Au final, je viens avec cette chronique vous parler d’un coup de cœur qui m’a tiré les larmes, une tragédie coup de poing profondément humaine sur une période inhumaine. Un roman qui ne laisse rien au hasard et qui pourrait être le support d’une analyse poussée en littérature…
« Je te donne rendez-vous au ciel où j’espère que Dieu nous réunira. Au revoir là-haut, ma chère épouse… » Derniers mots écrits par Jean Blanchard, le 4 décembre 1914.
On suit deux protagonistes « centraux », Albert et Edouard, rescapés de guerre, du moins dans la forme… Car bien que le livre commence à la fin de la guerre et nous les présentes comme deux soldats qui ont survécus, ils restent deux écorchés de guerre marqués par celle-ci. La guerre est une ombre fantomatique qui poursuit les personnages et malgré l’armistice signé elle ne semble jamais finie, elle plane dans leurs vies marquées au fer dans leurs corps et leurs esprits comme une dépossession de soi. Pour l’un physiquement, Edouard qui a perdu la moitié de son visage en sauvant Albert, et pour Albert psychologiquement, sursautant à chaque bruit. Une vie donc qui se poursuit, mais sur les décombres que la guerre a laissé.
Autour d’eux viennent d’autres personnages tout aussi importants, le père d’Edouard, Mr Péricourt, riche et très haut placé ainsi que le lieutenant Pradelle, une sombre ordure qui réussi en piétinant les autres (je ne peux pas en dire plus…!). Deux personnages qui ont presque autant de place que nos deux héros et qui représentent disons le côté obscur : le mal, l’injustice et la luxure. Si pour le premier, la rédemption se fait sentir, l’autre restera une figure maléfique durant tout le roman. On se plait à le haïr de pages en pages, souhaitant toujours un peu plus sa déchéance. Face eux, deux autres figures apparaissent, comme leurs doubles bénéfiques, la sœur d’Edouard, Madeleine, et une bonne travaillant pour Mr Péricourt, Pauline, incarnation de l’ange dans sa douceur et sa pureté. Si je parais tant insister sur les notions bibliques, ce n’est pas anodin. En effet, j’ai vraiment ressentie à plusieurs passages du livre la référence à Dieu, au Paradis et à l’Enfer, cela dans la personnalité des personnages qui entourent Albert et Edouard ; dans la Maison Péricourt prenant tout l’espace, immense et représentant la Maison paternelle, la Maison du Père ; ou bien directement dans le champs lexical du roman tel que la phrase écrite plus haut par un soldat faisant référence à Dieu et ouvrant l’ouvrage, ou encore dans des passages précis. Mais encore une fois, je ne peux pas trop en dire, j’arrête donc l’analyse ici. Quoiqu’il en soit ou « ainsi soit-il », la moralité dans ce livre est la pierre angulaire et nos deux héros sont au milieu combattant leur propre moralité dans un monde totalement immoral, ce sera d’ailleurs le combat principal d’Albert durant tout le livre.
L’arnaque, quant à elle, n’est que secondaire. Elle sert seulement à alimenter l’histoire, qui cherche plutôt à analyser les mouvements du cœur humain dans l’après-guerre. Une analyse bouleversante de la société, de la désolation laissée par la guerre dans le cœur des hommes mais aussi dans leurs rapports aux autres. Cette guerre qui n’en finit pas malgré l’armistice et qui laisse sa trace. Pierre Lemaitre analyse donc la manière de chacun de tenter de dépasser la guerre (souvent en vain), d’avancer sur ce champs de cadavres Patriotiques. Mais également l’analyse d’un gouvernement tyran qui a envoyé SES « enfants » à la guerre et n’a que peu d’estime sur SES sacrifices, ne sachant que faire de tous SES morts, malgré l’apparat déployé. Un gouvernement qui fait semblant de s’intéresser, de glorifier SES morts par des monuments mais laissant SES rescapés à l’abandon peut-être pour écarter SES témoins gênants. Voilà, un autre aspect intéressant de ce roman : l’être et le paraître en maître-mots surplombant la désolation humaine et sociétale.
On retrouve d’ailleurs cela à travers Edouard qui quotidiennement se crée des masques pour recouvrir son visage meurtri par la guerre. Pour couvrir sa perte d’identité avec la perte de son visage comme les soldats morts sans nom qui eux ne retrouveront jamais leur identité. Des masques comme une possibilité de se réécrire, de se transformer en ce que l’on veut être… Du moins, en apparence ! Et une arnaque montée en tant que revanche sur la guerre dirigée vers l’Etat mais pas seulement car sans trop vous en dire la relation au père est également très importante dans cette histoire… 
Ce roman n’est pas seulement un roman, à la manière des premiers romans d’analyse du XVIIème, Pierre Lemaitre a su nous plonger dans une période assez éloignée pour être glorifier mais aussi assez proche pour être imprégnée en nous comme vraisemblable mêlant ainsi fiction et véracité avec brio. Une magnifique oeuvre contemporaine qui attire notre attention sur la guerre comme autre chose que des poilus dans des tranchées combattant les méchants Boches. Une vision élargie de ce que nous apprend le secondaire à travers nos livres d’histoire et nos monuments aux morts implantés  partout en France. Pour finir, je vous dirais seulement : lisez-le ! Et j’ai vraiment hâte de voir l’adaptation de Dupontel qui j’en suis sûre a su retranscrire magnifiquement grâce à son style le cynisme et la fatalité de cette histoire.

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Post-scriptum : Quel magnifique titre rendant hommage et honneur à ce soldat mort au front et écrivant pour la dernière fois à sa femme. Pour tout vous dire, rien que la découverte de ce titre et du pourquoi à l’entrée du roman m’a bouleversé. Je le trouve empli de poésie et d’amour. Un superbe adieu renfermant l’espoir de se revoir…

C’est Lundi, Que Lisez-vous ? #52

stories from the sea

C’est le jour de notre RDV du Lundi initié par Mallou et repris par Galleane. Mais avant d’aller plus loin, voici un petit rappel du principe :
Il vous suffit chaque lundi de répondre à ces trois questions :
  • Qu’ai-je lu la semaine passée?
  • Que vais-je lire ensuite?
  • Que suis-je en train de lire en ce moment?
Ensuite, RDV sur le blog de Galleane pour y laisser le lien vers votre article :)
Depuis le dernier « C’est Lundi » qui date maintenant de plus d’un mois, je n’ai pas eu le temps à mon grand désespoir de consacrer du temps à la lecture. Je suis donc toujours dans la lecture du même roman depuis début décembre… Et oui, mais quel roman ?!
« Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre

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Malgré le manque de temps, étalé sur plus d’un mois, j’en suis presque arrivée au bout de cette lecture et je peux vous dire que je me régale. Quel magnifique roman ! J’avais un peu peur au début, et puis la peur a vite laissé la place à l’emballement ! Mais attendons la fin pour en dire plus 😉
Ensuite, je me lancerai dans la lecture d’un « classique épistolaire » dans le cadre du challenge LC Classique avec ma copinaute de Mes Lectures du Dimanche :
« Lettres » de Mme de Sévigné

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J’ai vraiment hâte de me plonger dans l’élégante écriture de cette grande dame des cercles culturels du XVIIème ! Lettres qui passaient de mains en mains à l’époque pour leur beauté et lettres plus intimes, je sens d’avance l’agréable lecture qui se profile à l’horizon, d’autant plus qu’elle sera partagée en bonne compagnie 🙂
Et vous, que lisez-vous ?

« Oscar Wilde » à l’honneur #7 – Octobre

Auteur

Voici l’heure du RDV mensuel dont je vous rappelle dans un premier temps le principe :
L’idée est que chaque mois, on se fasse découvrir un auteur qui nous tient à cœur. Étant tous des lecteurs d’horizons différents, cela permet aux uns et aux autres d’explorer d’autres univers qui nous tentent ! Pour participer, rien de plus simple :
  • une photo de l’auteur
  • une bref biographie de lui
  • Et enfin, deux ou trois livres que vous avez aimés et pourquoi !
Pour participer, vous n’avez plus qu’à me laisser un commentaire avec le lien vers votre article et je l’ajouterai au mien 🙂 Alors à vos claviers !
De plus, je profite de cet article pour mettre en avant la chronique de Madame Lit, vous y trouverez de magnifiques articles mensuels sur des auteurs qu’elle aime et ce depuis Janvier 2017. N’hésitez pas et cliquez ici pour un accès direct à cette catégorie.

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J’ai choisi pour ce mois de mon anniversaire (et du sien), un auteur qui me tient particulièrement à cœur ! Je vous offre donc une partie de moi avec cet article.  C’est grâce à une amie que j’ai connu l’écriture d’Oscar Wilde et je suis tombée instantanément sous le charme de cet art pour l’art. Ce dandy impétueux est un des rares auteurs à me remplir de joie, d’émerveillement ou même à me mettre les larmes aux yeux en une phrase. Il a ce « je ne sais quoi » qui parle à mon âme ! Maintenant que je vous ai parlé de mon histoire par rapport à lui, revenons à la sienne 🙂
Né le 16 octobre 1854 à Dublin, Oscar Wilde évolue dans une famille bourgeoise dont sa mère célèbre poétesse et son père proche de la reine Victoria. En effet, son père n’est autre que le chirurgien officiel de celle-ci et se fera anoblir en 1864, peu de temps avant de se voir accuser d’attouchements par une de ses patientes. C’est de-là une descente aux enfers pour la famille qui se voit ridiculiser par cette sombre affaire, puis perdra trois de ses membres (la plus jeune sœur de la peste et les deux autres âgées de vingt ans brûlées vives). Suite à cela, Oscar quitte sa famille et intègre le Trinity Collège de Dublin. Élève brillant et charismatique, il réussit à décrocher une bourse pour le Magdalen Collège de l’Université d’Oxford. C’est ici qu’il se rencontra lui-même grâce à son professeur John Ruskin, porte-parole du mouvement « esthète »qui voit en l’art la seule recherche du Beau.
Entre fréquentation de milieux littéraires et aristocratiques, écriture de recueils de poèmes et voyages aux Etats-Unis pour des conférences sur sa conception de l’esthétisme ; Oscar Wilde rencontre de nombreuses figures emblématiques de la littérature tels que Zola, Mallarmé, Verlaine et devient ami avec André Gide ou encore Marcel Proust. C’est lors d’une de ces conférences qu’il rencontre sa future femme, Constance Lloyd, qu’il épouse en 1884. Leur demeure à Chelsea devient alors un lieu de rendez-vous des artistes londoniens.
Puis, il se lance pour ses enfants dans l’écriture de ses premiers contes « Le Fantôme de Canterville », « Le crime de Lord Arthur Savile » et devient rédacteur en chef du magazine « The Woman’s World » marchant sur les pas féministe de sa mère. C’est en 1890 qu’il publie dans une revue « Le portrait de Dorian Gray » décrié par la critique sous couvert de pervertir la jeunesse, il sera néanmoins un succès. Et Oscar Wilde avec ses pièces de théâtre devient un riche dramaturge.
En 1891, il rencontre Lord Alfred Douglas (troisième fils du marquis de Queensberry) et ils deviennent inséparable. Une amitié dérangeante et tendancieuse qui déplaît fortement au père du dernier. Celui-ci lancera un bristol « A Oscar Wilde posant au somdomite » et Wilde poussé par son amant déposera plainte pour diffamation. Une plainte qui tourne au cauchemar et qui passionne les foules ! L’écrivain doit à son comportement égocentrique une issue défavorable qui le mène à deux ans de travaux forcés et à la perte de sa renommée. Ses pièces sont alors déprogrammées, ses biens vendus aux enchères et l’Angleterre prend sa revanche sur celui qui choquait les conventions. En sortant de prison, il est ruiné et vit comme un vagabond jusqu’à un opération de l’oreille en 1900 faite trop tard. La plaie s’infecte et se transforme en méningo-encéphalite suite à une récidive de syphilis. Il meurt seul et détesté de tous.
Une bien triste fin pour un homme d’un tel génie. Mais comme lui-même l’a dit : « Le public est extraordinairement tolérant. Il pardonne tout, sauf le génie. ». On peut lui reprocher son amour-propre, sa superbe mais en rendant à Caesar, ce qui appartient à Caesar, on ne peut que louer la Beauté de sa plume !
Après cette longue biographie, passons aux livres qui me tiennent à cœur :
  • « Le Fantôme de Canterville » : Qui ne connaît pas cette oeuvre ? Conte pour enfants ou satire de l’Angleterre et de l’Amérique ? L’auteur nous livre avec ironie une histoire de fantôme pas si méchant que ça, bien décidé à effrayer une famille qui ne se laisse pas faire du tout et à plus d’un tour dans son sac. Une jolie lecture bourrée d’humour et de merveilleux !
  • « Le portrait de Dorian Gray » est encore une fois une critique acidulé de la haute société et de ses mœurs. Une histoire magnifique de bien et de mal, de vertus et de bassesses avec une pointe de fantastique qui met l’homme face à son propre miroir. Une histoire que j’ai lu une bonne dizaine de fois et de laquelle, je ne me lasse jamais. C’est l’histoire d’un homme dont un peintre fait le portrait, un homme beau, jeune et pur qui va se laisser aller à de nombreuses bassesses et qui va voir jour après jour son portrait se déformer en calque des malheurs qu’il fait vivre à son entourage et des expériences impurs qu’il fait vivre à son corps. Une histoire dont le fantastique n’est qu’un masque pour parler des passions humaines et une plume divine qui témoigne de tout le style esthétique de son auteur.
  • « De profundis » est une lettre passionnée, déchirante et pleines de reproches d’un homme ruiné et face à sa solitude. Oscar Wilde l’écrit en prison pour son amant, Douglas. Entre méditation sur lui-même, sur l’art et cri de désespoir, il se livre totalement et laisse s’évaporer l’homme que l’on connait. Pour moi, il laisse tomber le masque et je n’ai jamais autant pleuré que sur ses lignes.
Voilà pour cet « Auteur à l’honneur », en espérant que l’article vous a plu et donné envie de vous lancer pour ceux qui ne connaissent pas 🙂

Blogs participants et leurs chroniques :

C’est Lundi, Que Lisez-vous ? #41

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Me voilà encore en retard de deux semaines, enfin trois, pour mon C’est Lundi ! Mais place tout de même au RDV du Lundi, malgré ce manquement, initié par Mallou puis repris par Galleane. Un petit rappel du principe :
Il vous suffit chaque lundi de répondre à ces trois questions :
  • Qu’ai-je lu la semaine passée?
  • Que vais-je lire ensuite?
  • Que suis-je en train de lire en ce moment?
Ensuite, RDV sur le blog de Galleane pour y laisser le lien vers votre article :)
Durant ces dernières semaines, j’ai lu trois ouvrages : un en lecture commune avec Nath de « Mes Lectures du Dimanche », un en partenariat Auteur/blogueur et le dernier pour moi-même :
« La Princesse de Clèves » de Madame de Lafayette, « Syndrome O » de Bénédicte Vidor-Pierre et « Trois jours et une vie » de Pierre Lemaitre
  • « La Princesse de Clèves » a été un véritable bonheur et une belle rencontre littéraire ! Entre élégance du langage, analyse de la passion et intrigues de Cour, un classique magnifique !
  • « Syndrome 0 » est un roman intelligent qui nous interroge sur le lien entre l’Homme et l’animal. J’ai passé un très bon moment avec ce livre même deux, trois choses m’ont un peu dérangés, je le trouve très abouti et pleins de questions intéressantes !
  • « Trois jours et une vie » est un livre noir qui donne son ton dès le premier chapitre, puis nous enferme petit à petit, chapitre par chapitre dans la peur et l’oppression du personnage ! Un roman haletant qui, malgré quelques longueurs, se dévore tout seul 🙂
Actuellement, je suis en train de lire… Enfin, je triche un peu car je ne l’ai pas encore commencé mais c’est pour ce soir alors !
« The girls » d’Emma Cline

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Une autre LC avec Nath, je suis d’ailleurs un peu sur la ficelle du temps mais j’espère avoir plus de temps cette semaine et donc le finir à temps (répétition du mot « temps » bonjour) — « Je suis en r’tard, en r’tard, en r’tard » ! —

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Ensuite, je lirai un roman que l’on m’a conseillé et dont je n’ai encore jamais lu la plume de l’auteur :
« Kafka sur le rivage » de Haruki Murakami

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Et vous, que lisez-vous?

Résultats Concours 100 abonnés

Et voici le jour tant attendu, d’autant que j’ai un peu de retard pour l’annonce de ce résultat, j’en suis confuse mais je n’ai pas eu le temps depuis vendredi ! Place donc au gagnant de ce concours – Roulement de tambour….

Paraskevie avec « La nuit de feu d’Eric-Emmanuel Schmitt !

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Bravo à toi ! J’espère que le livre te plaira mais avant tout, je te laisse le soin de m’envoyer ton adresse de livraison à l’adresse suivante : nina.soyez@hotmail.fr

Merci à tous pour vos participations et à bientôt !

« La vie, La mort, La vie » d’Erik Orsenna

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Résumé :

Treize années durant, chaque jeudi après-midi, l’Académie française m’a offert le privilège d’avoir comme voisin le Prix Nobel de médecine, François Jacob. Comme deux potaches, nous bavardions. Mon ignorance abyssale en biologie l’accablait.
C’est lui qui m’a donné l’idée de ce livre : « Puisque, par on ne sait quel désolant hasard, tu occupes le fauteuil de Pasteur, plonge-toi dans son existence, tu seras bien obligé d’apprendre un peu ! ». Voici, racontés par un ignorant qui se soigne, quelques-uns des principaux mécanismes de la vie. Voici mises à jour les manigances des microbes, voici dévoilés les sortilèges de la fermentation, voici l’aventure des vaccinations. Voici, bien sûr, la guerre victorieuse contre la rage. Voici Marie : plus qu’une épouse, une complice, une organisatrice, une alliée dans tous les combats. Voici un père qui a vu trois de ses filles emportées par la maladie à deux ans, neuf ans et douze ans. La mort ne lui aura jamais pardonné d’avoir tant fait progresser la vie. Dans ce XIXe siècle assoiffé de connaissances, voici LE savant.

Mon avis : ♥♥♥♥♥

Je n’avais encore jamais lu de livre de cet auteur et j’ai aimé découvrir son style assez abrupt et rempli de personnification. Ici, l’auteur explore la vie de Pasteur, célèbre savant qui nous a permit de faire des pas de géant en médecine, mais aussi en prévention des « microbes » – terme d’ailleurs inventé par ses soins et ceux d’un collègue. On apprend ainsi l’enfance de l’homme, sa vie de famille, la mort de ses enfants et ses combats pour l’avancée scientifique. On y rencontre un homme acharné de travail, bienveillant mais aussi jaloux et un tantinet arrogant. Un portrait qui nous dépeint les bons comme les mauvais côtés, Erik Orsenna n’est pas toujours tendre avec le savant et c’est ce qui donne la sensation de l’objectivité dont il essaie de faire preuve. Il raconte les faits et ne rentre à aucuns moments dans la mythification de Pasteur. Bref, un portrait neutre qui témoigne de l’œuvre et des douleurs de l’homme.
Mais bien que j’ai adoré le style en lui-même, j’ai trouvé que parfois il rendait les évènements un peu froid par trop de technique. Les phrases sont courtes et s’enchaînent, tout comme les chapitres très courts mis en désordre. C’est peut-être ce qui fait que je n’ai que peu de choses à dire sur cette lecture qui m’a laissé sans émotions. J’ai aimé en apprendre autant sur la vie de Pasteur mais je ne peux pas dire que je me sois sentie proche de lui comme il a pu m’arriver de le ressentir dans d’autres biographies. Et d’un autre point de vue, je me dis que peut-être l’auteur a choisi cette distance comme mise en avant de la personnalité distante et pragmatique de Pasteur. Alors, choix de l’auteur ou manque d’émotions, je ne sais répondre à cette question !
Ayant un autre livre de sa main dans ma PAL, j’arriverai surement à me faire une idée sur la question après cette lecture, affaire à suivre donc 🙂