Défi Lecture Commune Classique #2 – « Phèdre » – Racine

Le Défi Lecture Commune Classique, petit rappel !

C’est une idée qui est venue initialement aux esprits torturés de Nina (Le Rest’o Littéraire) et Nath (Lectures du Dimanche) qui avaient tout à la fois envie de partager des lectures tout en souhaitant revoir leurs classiques ! C’est vrai que souvent, même si nous avons envie de (re)lire de bonnes vieilles lignes qui font l’histoire de cette passion de la lecture qui est la nôtre, nombre d’excuses viennent à notre secours pour remettre cela à plus tard. Alors si plusieurs lecteurs s’associent, ça devient un défi ! On se dit qu’on lit pour nous mais aussi pour échanger, partager… Nous avons donc décidé d’en faire un rendez-vous trimestriel ! Sachant que nous serions ravies d’accueillir d’autres bloggeurs, si le cœur vous en dit ! Précisons toutefois que nous n’avons pas la prétention de faire de l’analyse d’une œuvre classique, tout juste avons-nous l’envie d’en débattre avec nos avis de profanes…

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L’avis de Nina

OH MAGNIFICENCE !!!! Et oui, voilà le retour de mon exclamation mascotte, qui ici à tout à fait la cote au milieu des rimes langagière du temps d’hier ! Oui, bon d’accord, je suis bien loin de Racine ! Mais tout cela pour dire que je ne sais même pas comment illustrer le bonheur de lire cette œuvre. Un pur régal ! Que je pourrais relire mille fois, simplement pour la beauté des rimes et de cette histoire sombre et tragique si joliment dite…
L’histoire d’une Phèdre mise sous son meilleur profil volontairement par Racine, pour arrondir les contours et la rendre moins insupportable. Une Phèdre qui montre une haine sans précédent pour son beau-fils au point de vouloir le faire exiler, puis qui après tant d’années avoue un amour incestueux qui la tue à petit feu. Poussée par sa nourrice, elle avoue à son beau-fils, Hippolyte, son amour pour lui, pensant son mari mort. Hors celui-ci revient, sa mort n’étant qu’une rumeur et l’on voit Phèdre mourir de honte et laisser son beau-fils accusé d’inceste vis-à-vis d’elle. C’est l’histoire dramatique d’une femme au prise d’un amour interdit qui préfère faire accuser un innocent plutôt que de subir les conséquences de sa passion. C’est l’analyse du cœur de l’Homme et de son incapacité de contrôle face à la fatalité de ses passions… (Note de Nath : Hé, c’est que c’est joliment dit, ça, Madame !)
Racine en bon dramaturge et gratte-papier de son temps puise dans les ressources antiques et nous livre cette pièce, alliance magique de théâtre et de poésie. Où se joue devant nous un drame mythologique dans lequel on s’attend à tout instant à voir apparaître les chœurs suppliants de la guerre de Troie ! Un bel hommage rendu aux modèles des Anciens, à cette si chère antiquité perdue ! Que ce soit dans la référence à la mythologie ou encore dans le strict respect des doctes des Anciens (Ah ! Aristote quand tu nous tiens !).
En bref, un superbe travail d’écriture qui n’a pas pris une ride et qui témoigne de l’engouement encore prépondérant pour son auteur. Racine peut être heureux, en rapport à la longue querelle du XVIIème laissant la postérité choisir des bons auteurs et de la valeur de la littérature française, je pense que l’on sera tous d’accord sur celle à lui accorder ! En langage juvénile et contemporain, je dirai : Racine t’es au max !!! Haha 😉

L’avis de Nath

Extrait de ACTE I – Scène 1 – Personnages : HIPPOLYTE, THÉRAMÈNE
« THÉRAMÈNE :
Implacable ennemi des amoureuses lois,
Et d’un joug que Thésée a subi tant de fois ?
Vénus, par votre orgueil si longtemps méprisée,
Voudrait-elle à la fin justifier Thésée ?
Et, vous mettant au rang du reste des mortels,
Vous a-t-elle forcé d’encenser ses autels ?
Aimeriez-vous, seigneur ? »

Parodie de ACTE I – Scène 1 – Personnages : NINA, NATH
« NATH :
Implacable ennemi des si modernes lois,
Et d’un joug qu’étudiant, j’ai subi tant de fois,
Racine et ses talents, j’ai longtemps méprisé !
Voudrait-il à la fin m’accorder sa pitié ?
Et, me remettre au rang du reste des fidèles,
Qui jusqu’ici toujours l’ont lu avec grand zèle ?
Aimeriez-vous, Nina ?
Faire ceci avec moi ? »
(Note de Nina : Je ferai ceci avec toi autant qu’il te plaira ! Quel éloquence tu as !)
Quel plaisir, quel bonheur !
On n’en oublierait presque à quel point la langue française est riche, à quel point elle est belle ! J’aime les mots quand ils forment des histoires tordues à souhait, glauques et sanguinolentes… Mais Dieu que j’aime les mots quand, assemblés de la sorte, ils glissent et s’unissent dans un art poétique que j’ai tant aimé autrefois ! Comme lors de la première lecture classique, après la lecture de la première strophe, c’était comme avancer dans un grenier plein de toiles d’araignées… On arrive en haut avec la certitude de retomber sur de vieux trésors et, plein d’entrain, on fonce… Et on se fait arrêter par la première toile qui obscurcit la vue… Mais en deux ou trois foulées, on dépoussière et l’esprit y voit clair à nouveau… Bon, soyons totalement honnête… J’étais bien motivée à lire un soir pendant que les canons grondaient sur l’écran de télé où ma moitié regardait un film d’action… Mais je n’ai même pas tenu une page… Pour (re-)découvrir « Phèdre », il me fallait du calme ! Un calme… Olympien, tiens ! Voilà ce qui s’y prêtait le mieux ! (Vous aurez noté, j’espère, le jeu de mot d’une subtilité … douteuse ?).
Qu’en est-il de l’histoire ? Petite remise à niveau…
Phèdre, épouse de Thésée, est exilée à Trézène en compagnie de celui qui, semble-t-il aux yeux du monde, elle déteste : son beau-fils Hippolyte. Pourquoi elle le déteste ? Considération politique puisqu’elle a elle-même un fils qui pourrait, en l’absence de son père le Roi, se faire souffler le trône par son demi-frère, ce qui est moyennement du goût de sa mère… Sauf que… en vérité, Phèdre se consume d’amour pour Hippolyte ! Au point de vouloir en mourir ! De son côté, Hippolyte, dont le cœur semblait de pierre, est tombé amoureux d’Aricie… Compliqué, puisque celle-ci est la fille d’un clan ennemi dont les frères ont tous péri par l’épée de Thésée ! Alors qu’Hippolyte veut partir à la recherche de son père, on rapporte à Trézène que ce dernier est mort… La nourrice et confidente de Phèdre persuade alors celle-ci d’avouer son amour à Hippolyte afin qu’ils puissent régner ensemble… Phèdre avoue donc son amour à son beau-fils. Et c’est le moment précis que choisi Thésée pour revenir ! (Ben non, le coquin n’est pas mort !) La suite… Je spoile ou pas ? Je laisse le soin à Nina de trancher la question 😊 (Note de Nina : Nath JE T’ADORE !!! Tu es une perle !) (Note 2 : Bon j’ai spoilé haha)

Est-ce que l’histoire peut trouver sa place à notre époque ?

Nina :

En demi-teinte avec Nath, je dirai qu’effectivement le rapport à la mythologie annihile la possibilité de l’œuvre à trouver sa place dans notre temps. Dans une époque où Dieu est sans cesse remit en question, il est bien compliqué de faire une haie d’honneur aux divers dieux présents ici. En revanche, je pense que les thèmes abordés dans la pièce tels que l’amour incestueux, le jugement hâtif d’un innocent et la trahison sont bien malheureusement toujours à l’ordre du jour… Et comme l’a si bien soulevé Nath, la littérature romaine et grecque restent à découvrir en tout temps. Alors soutenons le oui tout en gardant un non partiel au coin de la tête 🙂

Nath :

Assurément non… Mais pire que cela, elle ne trouvait pas sa place à l’époque de Racine non plus ! Tout simplement parce que cette histoire, issue de la mythologie, met en scène des personnages qui ne sont finalement que le jouet des Dieux qui ont sur eux un pouvoir inhumain… Clans maudits, ancêtres divins… Tout cela n’était déjà plus contemporains de Racine mais bien d’Euripide ou d’Aristote… Pourtant, les tragédies grecques/romaines restent encore de nos jours de belles choses à voir et à revoir sur les planches… Alors finalement, si l’histoire trouve sa place à notre époque ? Assurément oui ! 🙂

Les petits « plus », les petits « moins » de cette lecture classique ?

L’avis de Nina :

  • Le plus : Des rimes somptueux qui laissent chaque page se dévorer en rêvant et en souriant !
  • Le moins : J’ai beau chercher, je ne trouve pas !!! Ah si ! Pas assez long ???! Ça marche ça ma Nath ?!! 🙂 (Note de Nath : Oui, ça marche, parce que c’est bien vrai !)

L’avis de Nath :

  • Le plus : Ecriture magistrale…
  • Le moins : Racine se permet quelques libertés sur les écrits originaux, mais comme c’est pour rendre Phèdre moins cruelle, on lui pardonne…

Postscriptum

Nina :

Que la littérature classique est bonne ! Vivement le prochain défi comme tu dis !

Nath :

C’était génial !!!! C’est quoi, le prochain ???

Le petit plus pour les fidèles : La préface de Racine himself ! (by Nath)

« Voici encore une tragédie dont le sujet est pris d’Euripide. Quoique j’aie suivi une route un peu différente de celle de cet auteur pour la conduite de l’action, je n’ai pas laissé d’enrichir ma pièce de tout ce qui m’a paru le plus éclatant dans la sienne. Quand je ne lui devrais que la seule idée du caractère de Phèdre, je pourrais dire que je lui dois ce que j’ai peut-être mis de plus raisonnable sur le théâtre. Je ne suis point étonné que ce caractère ait eu un succès si heureux du temps d’Euripide, et qu’il ait encore si bien réussi dans notre siècle, puisqu’il a toutes les qualités qu’Aristote demande dans le héros de la tragédie, et qui sont propres à exciter la compassion et la terreur. En effet, Phèdre n’est ni tout à fait coupable, ni tout à fait innocente. Elle est engagée, par sa destinée et par la colère des dieux, dans une passion illégitime, dont elle a horreur toute la première. Elle fait tous ses efforts pour la surmonter. Elle aime mieux se laisser mourir que de la déclarer à personne, et lorsqu’elle est forcée de la découvrir, elle en parle avec une confusion qui fait bien voir que son crime est plutôt une punition des dieux qu’un mouvement de sa volonté. J’ai même pris soin de la rendre un peu moins odieuse qu’elle n’est dans les tragédies des Anciens, où elle se résout d’elle-même à accuser Hippolyte. J’ai cru que la calomnie avait quelque chose de trop bas et de trop noir pour la mettre dans la bouche d’une princesse qui a d’ailleurs des sentiments si nobles et si vertueux. Cette bassesse m’a paru plus convenable à une nourrice, qui pouvait avoir des inclinations plus serviles, et qui néanmoins n’entreprend cette fausse accusation que pour sauver la vie et l’honneur de sa maîtresse. Phèdre n’y donne les mains que parce qu’elle est dans une agitation d’esprit qui la met hors d’elle-même, et elle vient un moment après dans le dessein de justifier l’innocence et de déclarer la vérité. Hippolyte est accusé, dans Euripide et dans Sénèque, d’avoir en effet violé sa belle-mère : vim corpus tulit. Mais il n’est ici accusé que d’en avoir eu le dessein. J’ai voulu épargner à Thésée une confusion qui l’aurait pu rendre moins agréable aux spectateurs. Pour ce qui est du personnage d’Hippolyte, j’avais remarqué dans les Anciens qu’on reprochait à Euripide de l’avoir représenté comme un philosophe exempt de toute imperfection ; ce qui faisait que la mort de ce jeune prince causait beaucoup plus d’indignation que de pitié. J’ai cru lui devoir donner quelque faiblesse qui le rendrait un peu coupable envers son père, sans pourtant lui rien ôter de cette grandeur d’âme avec laquelle il épargne l’honneur de Phèdre, et se laisse opprimer sans l’accuser. J’appelle faiblesse la passion qu’il ressent malgré lui pour Aricie, qui est la fille et la sœur des ennemis mortels de son père. Cette Aricie n’est point un personnage de mon invention. Virgile dit qu’Hippolyte l’épousa, et en eut un fils, après qu’Esculape l’eut ressuscité. Et j’ai lu encore dans quelques auteurs qu’Hippolyte avait épousé et emmené en Italie une jeune Athénienne de grande naissance, qui s’appelait Aricie, et qui avait donné son nom à une petite ville d’Italie. Je rapporte ces autorités, parce que je me suis très scrupuleusement attaché à suivre la fable. J’ai même suivi l’histoire de Thésée, telle qu’elle est dans Plutarque. C’est dans cet historien que j’ai trouvé que ce qui avait donné occasion de croire que Thésée fût descendu dans les enfers pour enlever Proserpine, était un voyage que ce prince avait fait en Epire vers la source de l’Achéron, chez un roi dont Pirithoüs voulait enlever la femme, et qui arrêta Thésée prisonnier, après avoir fait mourir Pirithous. Ainsi j’ai tâché de conserver la vraisemblance de l’histoire, sans rien perdre des ornements de la fable, qui fournit extrêmement à la poésie ; et le bruit de la mort de Thésée, fondé sur ce voyage fabuleux, donne lieu à Phèdre de faire une déclaration d’amour qui devient une des principales causes de son malheur, et qu’elle n’aurait jamais osé faire tant qu’elle aurait cru que son mari était vivant. Au reste, je n’ose encore assurer que cette pièce soit en effet la meilleure de mes tragédies. Je laisse aux lecteurs et au temps à décider de son véritable prix. Ce que je puis assurer, c’est que je n’en ai point fait où la vertu soit plus mise en jour que dans celle-ci. Les moindres fautes y sont sévèrement punies ; la seule pensée du crime y est regardée avec autant d’horreur que le crime même ; les faiblesses de l’amour y passent pour de vraies faiblesses ; les passions n’y sont présentées aux yeux que pour montrer tout le désordre dont elles sont cause ; et le vice y est peint partout avec des couleurs qui en font connaître et haïr la difformité. C’est là proprement le dut que tout homme qui travaille pour le public doit se proposer, et c’est ce que les premiers poètes tragiques avaient en vue sur toute chose. Leur théâtre était une école où la vertu n’était pas moins bien enseignée que dans les écoles des philosophes. Aussi Aristote a bien voulu donner des règles du poème dramatique, et Socrate, le plus sage des philosophes, ne dédaignait pas de mettre la main aux tragédies d’Euripide. Il serait à souhaiter que nos ouvrages fussent aussi solides et aussi pleins d’utiles instructions que ceux de ces poètes. Ce serait peut-être un moyen de réconcilier la tragédie avec quantité de personnes célèbres par leur piété et par leur doctrine, qui l’ont condamnée dans ces derniers temps et qui en jugeraient sans doute plus favorablement, si les auteurs songeaient autant à instruire leurs spectateurs qu’à les divertir, et s’ils suivaient en cela la véritable intention de la tragédie.»
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C’est Lundi, Que Lisez-vous ? #48

stories from the sea

Voilà, le retour du RDV du Lundi (irrégulier oui je sais !) initié par Mallou et repris par Galleane. Mais d’abord un petit rappel du principe :
Il vous suffit chaque lundi de répondre à ces trois questions :
  • Qu’ai-je lu la semaine passée?
  • Que vais-je lire ensuite?
  • Que suis-je en train de lire en ce moment?
Ensuite, RDV sur le blog de Galleane pour y laisser le lien vers votre article :)
Bon avant toutes choses, je sais que je suis très irrégulière et beaucoup moins présente qu’avant sur le blog. J’en suis vraiment désolée mais le problème comme certains le savent est… le manque de temps ! Entre le boulot et les sacrés journées qu’on y fait, plus les cours à faire une fois rentrée, c’est compliqué de trouver non seulement du temps pour lire les livres de la fac, les livres perso et ensuite de les chroniquer ! J’espère donc que vous serez clément sur ce manque de rigueur 🙂 Une chose est sûre, ça me manque et je pense à vous tout le temps !

Cela fait, revenons aux lectures. Durant cette longue période j’ai lu plusieurs livres :
« Nos années sauvages » de Karen Joy Fowler, « Adultère » de Paulo Coelho, « Phèdre » de Racine
  • Pour « Nos années sauvages », je vous l’avoue… J’ai abandonnée vers la moitié du livre ! Je n’ai vraiment pas du tout réussi à entrer dedans et à apprécier ma lecture. On m’avait prévenu de l’originalité du roman mais je n’ai pas pu… Je ferai une petite chronique tout de même pour éclaircir les points qui m’ont déplus !
  • En ce qui concerne « Adultère » qui est la lecture du « Défi Livre voyageur », j’ai été assez mitigé sur l’histoire et la mise en forme de celle-ci. Si cela vous intéresse, je vous laisse faire un tour sur la chronique 🙂
  • Enfin, « Phèdre » le magnifique ! C’est en LC avec Nath dans le cadre de notre « Défi LC classique » que je l’ai lu et je me suis régalée. Une superbe plume mêlant théâtre et poésie. Encore un classique qui relève le défi et une énième LC au top avec Nath ! Pour les curieux, notre chronique sera mise en ligne dès demain 🙂
En ce moment, je suis plongée dans deux ouvrages, l’un avec ma liseuse (et oui ! Ça y est haha) et l’autre, au format papier en service presse :
« Les Misérables » de Victor Hugo et « Waringham – La roue de la fortune » de Rebecca Gablé
  • Je me régale avec « Les Misérables » que je voulais lire depuis longtemps mais qui me laissait dubitative sur le nombre de pages (1853 pages quand même tous tomes réunis) et puis, avec ma nouvelle copine la liseuse, je me suis lancée et c’est un vrai plaisir !
  • « Waringham » est un bijou sorti hier en librairie ! Surtout, n’hésitez pas. Bien que je ne l’ai pas fini, je suis convaincu ! Il marche sur les pas des célèbres « Rois maudits » de Druon ou encore des « Piliers de la terre » de Follet. C’est en pleine Angleterre que l’on navigue pendant la guerre de cent ans, en suivant les aventures du fils du Comte de Waringham ayant perdu son titre après la mort de son père. Un roman historique trépidant et bourré d’humour ! Je remercie encore une fois les éditions HC pour ce service presse et cette magnifique découverte !
Suite à cela, je ne sais pas trop encore dans quelle lecture je vais me lancer vu la taille gargantuesque de ma PAL réelle et maintenant virtuelle !!! Affaire à suivre donc…
Et vous, que lisez-vous ?

Défi Lecture Commune Classique #1 – « La Princesse de Clèves » – Mme de La Fayette

Le Défi Lecture Commune Classique, késaco ?

C’est une idée qui est venue initialement aux esprits torturés de Nina (Le Rest’o Littéraire) et Nath (Lectures du Dimanche) qui avaient tout à la fois envie de partager des lectures tout en souhaitant revoir leurs classiques ! C’est vrai que souvent, même si nous avons envie de (re)lire de bonnes vieilles lignes qui font l’histoire de cette passion de la lecture qui est la nôtre, nombre d’excuses viennent à notre secours pour remettre cela à plus tard. Alors si plusieurs lecteurs s’associent, ça devient un défi ! On se dit qu’on lit pour nous mais aussi pour échanger, partager… De là à s’en faire un rendez-vous trimestriel, il n’y a qu’un pas que nous espérons franchir si ce premier galop d’essai s’avère convaincant ! Sachant que nous serions ravies d’accueillir d’autres bloggeurs, si le cœur vous en dit ! Précisons toutefois que nous n’avons pas la prétention de faire de l’analyse d’une œuvre classique, tout juste avons-nous l’envie d’en débattre avec nos avis de profanes…

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L’avis de Nina

Que dire après cette magnifique approche de Nath ! Procédons par ordre, j’étais en flippe totale avant même de commencer ce livre, pour deux raisons :
  • 1/ J’ai horreur de la romance. Compliqué pour cette lecture n’est-ce pas ?! Je me disais donc un roman d’amour écrit à cette époque doit être tellement romantique que je vais avoir envie de le refermer à toutes les pages !
  • 2/ De plus, cette époque littéraire est marquée par une lenteur gargantuesque des actions… Donc les deux alliés… Lenteur et romantisme : je me voyais déjà (…en haut de l’affiche… Ah non pardon !) endormie les lunettes de travers et le livre mis de côté !!!
C’est donc avec ces horribles a priori que je me suis lancée dans les premières lignes, dubitative et peu coopérative comme vous avez pu le constater. Mais, je ne savais pas que c’était une magnifique rencontre littéraire qui m’attendait…
Bien que je rejoigne l’avis de Nath sur la description des personnages parfois un peu soporifique, j’ai en revanche été de suite happée par l’univers et la période qui m’ont replongée dans mon 1er semestre d’histoire. Du coup, j’ai pu vite me repérer sur ces fameux personnages qui font la Cour sous Henri II et j’ai adoré les voir en scène sous la plume de Madame de Lafayette. Oui, la rencontre commence comme ça, par « les brèves de Cour » (comme on dirait les brèves de comptoirs de nos jours) incroyablement bien menées et mises en relief, puis, elle se poursuit par la beauté du langage.
Pour m’expliquer un peu plus, ce que j’ai particulièrement aimé est le début du canevas sur réalité historique et l’ajout fin de l’héroïne fictionnelle – comme la cerise sur le gâteau – et de son Duc qui donne à l’histoire d’amour une portée authentique malgré la fiction. Ainsi que la description des comportements sociaux de l’époque et bien sûr, l’analyse de la passion. C’est d’ailleurs dans cette analyse que je me suis envolée avec les mots de Madame de Lafayette… Les phrases sont simples, puissantes et bourrées d’élégance, une élégance malheureusement perdue dans nos romans contemporains. En bref, sa plume m’a bouleversé, au point, que je relisais parfois certaines phrases plusieurs fois tellement j’étais submergée par leur beauté et leur poésie. Ivre de mots, je me suis régalée avec cette œuvre.
Enfin, on ne peut lire ce livre sans en souligner les notions de dignité, de vertu, de droiture et de sacrifice dont fait preuve Mme de Clèves en combat contre elle-même. Malgré son amour, ou « inclination » qu’elle ne peut contrôler, elle décide de s’éloigner de son prince pour ne pas salir la mémoire de sa mère et de son feu mari. Mais bien que ses intentions soient pures, on voit aussi apparaître la peur de l’abandon cachée sous ses excuses qu’elle met en avant. On assiste donc non seulement à l’analyse de l’amour mais aussi à celle – universelle – de la peur de la perte de l’autre, de l’attachement affectif et du pouvoir donné à un tiers par celui-ci. De la peur d’aimer et d’être aimé entrainant forcement par sa naissance celle d’être désaimer, de souffrir et d’être dupé. Quelle conclusion en tirer : pure altruisme que la décision de Mme de Clèves ou égoïsme dissimulé ?! Peut-être de l’altruisme égoïste ! Mais passons le débat philosophique 🙂
Pour conclure, je dirais que ce classique mérite d’être lu, relu et étudié. Que ce soit d’un point de vue littéraire, historique ou social, il répond à toutes les attentes. Et de mon côté, je pense que ma PAL va vite se retrouver peuplée d’écrits de Madame de Lafayette qui se verront dévorés en aussi peu de temps qu’il n’en faut pour dire « Sa Majesté » !

L’avis de Nath

Les vingt premières pages m’ont fait me dire : « Mais qu’est-ce qui m’a pris de m’embarquer dans cette galère ?? » L’auteur nous plante le décor, décor qui se place sous le règne d’Henri II. Afin de nous situer, l’auteur dresse le portrait des principales personnalités de la Cour des Valois, les décrivant à grand renforts de superlatifs qui sont, in fine, franchement lourds… Mais une fois finie cette partie (n’ayons pas peur des mots) « barbante », l’histoire commence enfin. Et cette histoire, c’est celle d’une jeune femme en âge de se marier, que sa mère présente à la cour afin de lui trouver un parti convenable, servant tout à la fois ses intérêts et ceux de sa famille. La particularité de cette jeune fille réside dans l’éducation que sa mère lui a donnée. En effet, dans un monde où les plaisirs, les distractions, la vanité, l’infidélité, les complots sont non seulement légion mais également la norme, sa mère l’a très tôt mise en garde contre les dangers de la passion. En lui dépeignant le pire, elle a su la persuader d’avoir une conduite exemplaire… Une fois mariée au Prince de Clèves qui en est éperdument amoureux, sa vie s’égrène à la Cour, rythmée par ses plaisirs tous plus futiles les uns que les autres. Lorsqu’un jour, son chemin croise le Duc de Nemours, elle en tombe passionnément amoureuse. Et cette passion est réciproque ! Mais, mise en garde par sa mère juste avant que celle-ci ne décède, la Princesse de Clèves décide de mettre tout en œuvre pour se sauver de son « inclination » pour le Duc, allant même jusqu’à avouer la vérité à son mari pour qu’il l’aide à s’en préserver !
            Au final, cela pourrait n’être qu’un roman d’amour comme les autres, une histoire impossible avec trop d’obstacles… Mais ne cherchez pas la Happy End à l’américaine… Il l’aime, elle l’aime… Mais elle ne passera jamais au-dessus de sa vertu, même alors que plus rien ne s’oppose à leur union. Alors que l’auteur laisse soupçonner que, du côté du Duc, la passion s’émousse tandis que la Princesse consacre sa vie à l’éteindre, c’est l’impression qu’une femme blessée et désabusée a écrit ces lignes…
            Dès les premières lignes d’ailleurs, on lit : « (..) elle lui contait le peu de sincérité des hommes, leurs tromperies et leur infidélité, les malheurs domestiques où plongent les engagements ; (…). Cependant, dans le livre, les femmes (sauf l’héroïne), ne semblent pas plus vertueuses que les hommes !
On lit plus loin (…) Si vous jugez sur les apparences en ce lieu-ci, répondit Mme de Chartres, vous serez souvent trompée ; ce qui paraît n’est presque jamais la vérité. (…)
            C’est bien l’impression générale de l’ouvrage car, chaque anecdote connexe à l’histoire tend à dépeindre les plans retords destinés à servir les intérêts de chacun qui sont manigancés en permanence… Bon sang ! Gossip Girl n’a rien inventé !!! C’est un aspect de l’histoire intéressant et même amusant à lire !
            Au final, je ne suis pas déçue de m’être replongée dans ce classique découvert une première fois il y a plus de vingt ans (Chrissouille, si tu me lis…) car ça fait du bien, finalement, de sortir de mes habitudes. Du très beau français, même s’il faut quelques pages pour se remettre dans le bain ! Et puis c’est une magnifique histoire d’amour qui, finalement, n’est pas tant celle de Mme de Clèves pour Mr de Nemours, mais plutôt ce magnifique respect qu’elle a conservé au Prince de Clèves qui l’a tellement aimée… Elle a peut-être raison, Mme de Clèves : une fois consumée, la passion peut passer… Tandis que la tendresse et le respect sont deux éléments qui peuvent faire les bases solides d’un mariage heureux …

Est-ce que l’histoire peut trouver sa place à notre époque ?

Nina :

Je rejoins l’avis de Nath, en effet, une histoire d’amour reste intemporelle ! Alors oui, il trouve tout à fait sa place, avec bien sûr les nuances d’évolution générationnelle 🙂 Notamment, le langage comme l’a très très bien souligné Nath mais aussi dans les approches bien moins élégantes et plus brut de décoffrage !
Quant à la notion de dignité ou plutôt de peur des commérages pour sa dignité, je pense que malheureusement même si l’on est plus dans une Cour, les jugements n’ont que peu évolués. Les stupidités du genre « Oh regarde mon Dieu ! Elle a divorcé il y a à peine 6 mois et la voilà déjà avec un autre » ou encore « Quelle…BIP… celle-là ! On l’a voit avec un homme différent chaque semaine ! ». Bon, j’avoue que dans cette analyse sociologique le fait de travailler auprès d’ado y est pour beaucoup, mais il n’empêche que c’est triste de voir à quel point il se jauge mutuellement et comment une rumeur peut détruire une réputation (ainsi qu’une personne) à vitesse grand V. Pour les autres notions citées plus haut la peur de l’abandon et autres, je pense que l’on sera tous d’accord pour dire qu’elles sont comme l’amour : intemporelles et innées à l’Homme !

Nath :

Si ce n’est que la formulation serait sensiblement différente (« Mec, matte la Go qui zieute le Duc ! Putain, elle est in love, c’est clair ! »), l’histoire peut trouver écho à notre époque, parce qu’une histoire d’amour, c’est tout simplement intemporel ! Et même si l’on a depuis longtemps cessé les mariages de raison, l’infidélité reste (malheureusement !) une préoccupation contemporaine !
Par contre, la vie des différents protagonistes est totalement incompatible avec notre époque ! Entre métro-boulot-dodo, pas trop le temps pour une Princesse de se demander comment éviter un Duc ! Et même au pire, un bon avocat, un divorce, et l’affaire est dans le sac !
Pour le coup du « mourir d’amour » (autrement qu’en se suicidant, s’entend !), même si l’image est bien jolie, alors là ! A l’heure des psychanalystes et des réseaux sociaux, il aurait vite fait « Next ! » ! Mais d’un autre côté, je me pose quand même la question de savoir si, même à cette époque-là, la maladie d’amour aurait été plausible ?

Les petits « plus », les petits « moins » de cette lecture classique ?

L’avis de Nina :

  • Le plus : une belle histoire d’amour tendre et respectueuse sur fond historique associée à une plume raffinée.
  • Le moins : des personnages parfois nombreux et une possibilité de perte de repères dans certains passages du livre.

L’avis de Nath :

  • Le plus : Une plume magnifique, un français riche qui fait plaisir à retrouver…
  • Le moins : Contrairement à Nina, mon dernier cours d’histoire relatif à cette période remonte à… 20… voire 25 ans… Du coup, la plongée dans les descriptions des personnalités de la Cour m’a réellement paru très très lourde et j’ai eu du mal à ne pas m’y perdre dans cette foule de personnages…

Postscriptum

Nina :

Tout pareil que Nath ! Ce premier pas dans ce défi a été un régal et j’ai hâte d’être dans trois mois pour me plonger dans le nouvel ouvrage que l’on choisira !!

Nath :

Pour ma part, j’ai vraiment pris plaisir à cette lecture ! Une seule hâte, la prochaine échéance !

C’est Lundi, Que Lisez-vous ? #39

c'est lundi que lisez vous 2

C’est l’heure de notre RDV du Lundi initié par Mallou et repris par Galleane dont voici un petit rappel du principe !
Il vous suffit chaque lundi de répondre à ces trois questions :
  • Qu’ai-je lu la semaine passée?
  • Que vais-je lire ensuite?
  • Que suis-je en train de lire en ce moment?
Ensuite, RDV sur le blog de Galleane pour y laisser le lien vers votre article :)
Dans mes deux dernières semaines (et oui ! je n’ai pas pu participer lundi dernier), j’ai lu deux œuvres. L’une dont je connaissais l’auteur, et l’autre dont j’ai découvert l’auteur :
« Les mille et une vies de Billy Milligan » de Daniel Keyes et « La vie, La mort, La vie » d’Erik Orsenna
Daniel Keyes nous offre un bijou de compréhension sur la vie et l’esprit de Billy Milligan, il a été choisi par celui-ci pour raconter son histoire et l’auteur le fait avec brio. Il nous plonge dans la tête du garçon, dans les actes que ses différentes personnalités font sans même que les autres soient au courant, dans sa triste vie et dans la seule voie que son esprit à su trouver pour survivre : la personnalité multiple. Tout comme j’avais adoré « Des fleurs pour Algernon », j’ai dévoré ce « thriller » qui n’a de thriller que certains évènements que l’auteur romance pour protéger le jeune homme. Bref, un sacré auteur et une prochaine lecture de prévu avec la suite de ce premier écrit sur Billy.
Bien plus technique, j’ai découvert la plume d’Erik Orsenna de l’Académie Française, technique dans le style mais aussi par rapport au sujet qui n’est autre que la vie et les découvertes de Louis Pasteur. Un petit ouvrage fort intéressant sur un grand savant qui nous a permis des avancées majeures en matière d’hygiène, de microbes et de vaccins. Le style de l’auteur est particulier, tranchant et saisissant. Un bel hommage aussi critique qu’honorant !
Depuis hier, je me suis enfin lancée dans ma « LC Classiques » que je fais avec les blogs « Mes lectures du Dimanche » et « Figures de style » :
« La Princesse de Clèves » de Madame de Lafayette

9782080707574fs

Auteur du XVIIème siècle, Madame de Lafayette, parle d’amour dans ce livre, ou plutôt d’amour qui n’a d’autres choix que de se taire. Elle nous plonge dans les intrigues de cour sous Henri II (roi de 1547-1559) et nous offre un roman d’analyse des sentiments et des sensations amoureuses refoulés qui même une fois révélés à soi-même doivent être tu sous peine de perdre sa dignité.
Ensuite, je lirai un roman dans le cadre d’un partenariat Auteur-Blogueur que j’ai reçu il y a peu de la part de Bénédicte Vidor-Pierre (l’auteur) :
« Syndrome O » de Bénédicte Vidor-Pierre
Et vous, que lisez-vous ?