« Les mille et une vies de Billy Milligan » de Daniel Keyes

41hsfuylqml-_sx311_bo1204203200_


Résumé :

Quand la police de l’Ohio arrête l’auteur présumé de trois, voire quatre viols de jeunes femmes, elle croit tenir un cas facile : les victimes reconnaissent formellement le coupable, et celui-ci possède chez lui la totalité de ce qui leur a été volé. Pourtant, ce dernier nie farouchement. Ou bien il reconnaît les vols, mais pas les viols. Son étrange comportement amène ses avocats commis d’office à demander une expertise psychiatrique. Et c’est ainsi que tout commence…
On découvre que William Stanley Milligan possède ce que l’on appelle une personnalité multiple, une affection psychologique très rare qui fait de lui un être littéralement « éclaté » en plusieurs personnes différentes qui tour à tour habitent son corps. Il y a là Arthur, un Londonien raffiné, cultivé, plutôt méprisant, et puis Ragen, un Yougoslave brutal d’une force prodigieuse, expert en armes à feu. Et bien d’autres. En tout, vingt-quatre personnalités d’âge, de caractère, et même de sexe différents.
L’affaire Billy Milligan a fait la une des journaux américains, fascinés par ce cas et par la lutte qu’ont menée les psychiatres et Billy lui-même pour essayer de « fusionner » en un seul individu ses 24 personnalités. Quant au livre, construit comme un véritable drame shakespearien, il est le résultat de mois et de mois de rencontres et d’entretiens entre Daniel Keyes et… Ragen, Arthur, Allen et les autres. Une lecture absolument fascinante, bientôt adaptée au cinéma par Joel Schumacher (Chute libre, Phone Game.)

Mon avis : ♥♥♥♥♥

C’est grâce au film « Split » de Night Shyamalan que j’ai découvert que Daniel Keyes – auteur dont j’étais tombé amoureuse avec « Des fleurs pour Algernon » – avait écrit un thriller sur la vie et les personnalités de Billy. Pour faire une parenthèse sur le film, je l’ai trouvé chouette pour ce qu’il est mais je n’ai pas été subjugué, il me manquait ce que j’étais venue chercher en allant le voir : l’aspect psychologique de la personnalité multiple. C’est donc pour remplir ce vide que j’ai fais mes recherches sur Mr Milligan et que j’ai trouvé ce livre ! Grand bien m’en fasse 😀
Déjà, ce qu’il faut savoir pour aborder ce « thriller », c’est que cette appellation lui est donné plus par complaisance qu’autres choses… Je m’explique, l’auteur nous le dit dans la préface, il a du « romancer » certains passages pour ne pas nuire à Billy qui s’était confié à lui. Une fois cette base donnée, on peut avancer en se disant que la plupart des faits sont véridiques ! Et c’est ici la tristesse de la situation…
La première partie est consacrée à l’arrestation de Billy, à son procès et à son séjour en prison. Cette partie commence bien sûr par un homme qui se dit « innocent » et « sans aucun souvenir de ce qu’on lui reproche »… En même temps, peu de criminels crient leur culpabilité ! Mais passons… On apprend à le connaitre à travers les yeux de ses avocats, de l’auteur (évidemment !), des victimes, des psychiatres… Bref, de tout le petit monde qui s’est plié en quatre – pour certains – pour le faire innocenter à cause de son « irresponsabilité mentale » au moment des faits. J’étais passionnée et sceptique face à cette agitation. J’ai trouvé cette partie un tantinet trop technique dans le style d’écriture, un peu comme un rapport policier ou un documentaire trop guindé. Mais la passion de l’intrigue « Milligan » à pris le dessus et j’ai dévoré les pages…
La deuxième partie, quant à elle, est… SUBJUGUANTE ! L’auteur repart du début et nous raconte petit à petit toute la vie de Billy. On assiste alors à l’apparition des différentes personnalités, à leurs différentes caractéristiques parfois opposées les unes aux autres et surtout au pourquoi elles ont été crées. L’auteur arrive malgré l’objectivité constante dont il fait preuve à nous immerger dans la tête de l’homme et non du coupable. Une bien triste vie, qui m’a fait à plusieurs reprises froid dans le dos, et des personnalités salutaires que l’on apprend à aimer. Je ne peux pas vous en dire plus, sans dévoiler des points cruciaux du livre. Mais vraiment son histoire est non seulement passionnante d’un point de vue psychologique mais également saisissante par les sentiments qu’elle transmet. Je me suis sentie prisonnière avec Billy, de son esprit, de son impuissance et de la situation dans laquelle sa maladie le met. Je dois même vous avouer que j’ai eu à plusieurs reprises les larmes aux yeux.
M’enfin pour finir sans trop vous en dire, je pense que son histoire mérite qu’on s’y penche, pour essayer de comprendre, je ne dis pas que la compréhension est obligatoire mais je pense qu’elle mérite d’être tentée…

 

C’est Lundi, Que Lisez-vous ? #39

c'est lundi que lisez vous 2

C’est l’heure de notre RDV du Lundi initié par Mallou et repris par Galleane dont voici un petit rappel du principe !
Il vous suffit chaque lundi de répondre à ces trois questions :
  • Qu’ai-je lu la semaine passée?
  • Que vais-je lire ensuite?
  • Que suis-je en train de lire en ce moment?
Ensuite, RDV sur le blog de Galleane pour y laisser le lien vers votre article :)
Dans mes deux dernières semaines (et oui ! je n’ai pas pu participer lundi dernier), j’ai lu deux œuvres. L’une dont je connaissais l’auteur, et l’autre dont j’ai découvert l’auteur :
« Les mille et une vies de Billy Milligan » de Daniel Keyes et « La vie, La mort, La vie » d’Erik Orsenna
Daniel Keyes nous offre un bijou de compréhension sur la vie et l’esprit de Billy Milligan, il a été choisi par celui-ci pour raconter son histoire et l’auteur le fait avec brio. Il nous plonge dans la tête du garçon, dans les actes que ses différentes personnalités font sans même que les autres soient au courant, dans sa triste vie et dans la seule voie que son esprit à su trouver pour survivre : la personnalité multiple. Tout comme j’avais adoré « Des fleurs pour Algernon », j’ai dévoré ce « thriller » qui n’a de thriller que certains évènements que l’auteur romance pour protéger le jeune homme. Bref, un sacré auteur et une prochaine lecture de prévu avec la suite de ce premier écrit sur Billy.
Bien plus technique, j’ai découvert la plume d’Erik Orsenna de l’Académie Française, technique dans le style mais aussi par rapport au sujet qui n’est autre que la vie et les découvertes de Louis Pasteur. Un petit ouvrage fort intéressant sur un grand savant qui nous a permis des avancées majeures en matière d’hygiène, de microbes et de vaccins. Le style de l’auteur est particulier, tranchant et saisissant. Un bel hommage aussi critique qu’honorant !
Depuis hier, je me suis enfin lancée dans ma « LC Classiques » que je fais avec les blogs « Mes lectures du Dimanche » et « Figures de style » :
« La Princesse de Clèves » de Madame de Lafayette

9782080707574fs

Auteur du XVIIème siècle, Madame de Lafayette, parle d’amour dans ce livre, ou plutôt d’amour qui n’a d’autres choix que de se taire. Elle nous plonge dans les intrigues de cour sous Henri II (roi de 1547-1559) et nous offre un roman d’analyse des sentiments et des sensations amoureuses refoulés qui même une fois révélés à soi-même doivent être tu sous peine de perdre sa dignité.
Ensuite, je lirai un roman dans le cadre d’un partenariat Auteur-Blogueur que j’ai reçu il y a peu de la part de Bénédicte Vidor-Pierre (l’auteur) :
« Syndrome O » de Bénédicte Vidor-Pierre
Et vous, que lisez-vous ?

« Des fleurs pour Algernon » de Daniel Keyes

62587653


Résumé :

Il s’appelle Charlie Gordon, c’est un simple d’esprit, un minable, employé aux basses besognes dans une usine. Algernon, elle, est une souris de laboratoire et le traitement du Pr Nemur et du Dr Strauss vient de décupler son intelligence. Les deux savants tentent alors d’appliquer leur découverte à Charlie avec l’assistance de la jeune psychologue Alice Kinnian. C’est bientôt l’extraordinaire éveil de l’intelligence de ce cerveau demeuré. Charlie découvre avec passion un monde dont il avait toujours été exclu, et l’amour qui ne tarde pas à naître entre Alice et lui achève de le métamorphoser. Mais un jour, les facultés supérieures de la souris Algernon déclinent. Pour Charlie commence alors le drame atroce d’un homme qui peu à peu se sent retourner à l’état de bête.

Extrait :

Conte randu N°1
3 mars. Le Dr Strauss dit que je devrez écrire tout ce que je panse et que je me rapèle et tout ce qui marive à partir de mintenan. Je sais pas pourquoi mais il dit que ces un portan pour qu’ils voie si ils peuve mutilisé. J’espaire qu’ils mutiliserons pas que Miss Kinnian dit qu’ils peuve peut être me rendre un télijian. Je m’apèle Charlie Gordon et je travail à la boulangerie Donner. Mr Donner me donne 11 dolar par semène et du pain ou des gâteau si j’en veut. J’ai 32 ans et mon aniversère est le mois prochin. J’ai dit au Dr Strauss et au proféseur Nemur que je sait pas bien écrire mes il dit que sa fait rien il dit que je dois écrire come je parle et come j’écrit les composisions dans la clase de Miss Kinnian au cour d’adultes atardé du Colege Bikman où je vait 3 fois par semène a mes heure de liberté. Le Dr Strauss dit d’écrire bocou tou ce que je panse et tou ce qui m’arive mes je peux pas pansé plus pasque j’ai plus rien a écrire et je vais marété pour ojourdui. Charlie Gordon.

Mon avis : ♥♥♥♥♥

Comme vous pouvez le voir l’extrait contient une multitude de fautes et c’est là tout le génie de l’auteur. Il a choisit pour nous raconter cette histoire de nous la présenter sous forme de compte-rendu – comme un journal intime – écrit de la main de Charlie Gordon, notre personnage principal. On suit donc grâce à cela son avancée et on gravit avec lui les « paliers d’intelligence » qu’il acquiert au fur et à mesure de l’expérience. On voit les fautes s’effacer et le discours se structurer. Non seulement cela rend compte de l’impact intellectuel et psychologique sur Charlie mais ces textes nous lient également au personnage. On apprécie Charlie et on s’attache à lui.
On est heureux pour lui lorsqu’il réussi à lire de mieux en mieux, à écrire correctement ainsi que lorsqu’il réalise son rêve de devenir intelligent. Et puis, on assiste médusés au triste réveil de Charlie sur le monde et ses horreurs : sur la mesquinerie de ses collègues, sur ces désillusions face à la méchanceté de l’Homme, sur la vision que les autres avaient de lui avant d’être « normal ». On le voit se lier d’amitié avec Algernon – la souris intelligente – et enfin se rendre compte que celle-ci perd ses capacités et commence à avoir des attitudes étranges. On l’accompagne alors impuissants, lorsqu’il comprend son déclin inévitable…
Une vraie critique de l’Homme et de la science ressort dans ce livre. On prend en pleine figure notre société normative et cruelle, préceptrice d’une stigmatisation permanente de l’inconnu et de la non-conformité, dans une quête de perfection perpétuelle. On voit aussi ces scientifiques sous couvert de l’avancement traiter Charlie comme un cobaye sans aucune considération de l’humain, qui ne se demande à aucun moment si Charlie n’était finalement pas plus heureux avant. Que voulez-vous cela paraît logique : comment peut-on être heureux en étant idiot, demeuré, bestiale et même non-humain ?! Un sujet philosophique émerge de ce fait dans ce bijou littéraire : L’intelligence rend-t-elle heureux ou alors – comme souvent cela a été dit – bienheureux est l’ignorant…! Vaste question.
En tout cas pour finir, je remercie Charlideslivres pour cette découverte sur son blog. Cette lecture m’a bouleversé tout du long et jusqu’aux larmes dans les 15 dernières pages. Le genre d’histoire dont on ne ressort pas indemne, j’ai pris une claque pleine d’émotions et de questionnements. Je n’oublierai jamais Charlie Gordon ni Algernon.
Les + : une histoire innovante brillamment mené et bouleversante. Au delà de la science-fiction (que finalement je ne vois que peu ici) c’est un livre humain.
Les – : certaines scènes sont difficiles et m’ont prises au cœur.