« Power » de Michaël Mention

 

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Résumé :

« Ici, comme dans les autres ghettos, pas d’artifice à la Marilyn, ni de mythe à la Kennedy. Ici, c’est la réalité. Celle qui macère, mendie et crève. » 1965. Enlisés au Vietnam, les États-Unis traversent une crise sans précédent : manifestations, émeutes, explosion des violences policières. Vingt millions d’Afro-Américains sont chaque jour livrés à eux-mêmes, discriminés, harcelés. Après l’assassinat de Malcolm X, la communauté noire se déchire entre la haine et la non-violence prônée par Martin Luther King, quand surgit le Black Panther Party : l’organisation défie l’Amérique raciste, armant ses milliers de militants et subvenant aux besoins des ghettos. Une véritable révolution se profile. Le gouvernement déclare alors la guerre aux Black Panthers, une guerre impitoyable qui va bouleverser les vies de Charlene, jeune militante, Neil, officier de police, et Tyrone, infiltré par le FBI. Personne ne sera épargné, à l’image du pays, happé par le chaos des sixties. Un roman puissant et viscéral, plus que jamais d’actualité.

Mon avis : ♥♥♥♥♥

Merci à Agnès Chalnot & à Stéphane Marsan Editions pour l’envoi de ce service-presse !
1ère image : les cofondateurs du BPP, Bobby Seale et Huey Newton, dans la tenue officielle du Parti.

2ème image : les membres du BPP lors d'une des nombreuses manifestations pour la libération de leurs leaders.

3ème image : un des repas hebdomadaires qui étaient organisés dans les locaux du BPP pour nourrir les enfants pauvres du quartier.
Quelle puissance ! Voici un livre qui ne laissera personne indifférent, que ce soit d’un point de vue historique en relatant toute l’oeuvre des militants pour la libération du peuple noir au XXe siècle, ou que ce soit par la plume de l’auteur qui d’un ton incisif joue avec tous nos sens dans ses lignes ! Cet ouvrage renferme l’histoire d’une quête difficile bien qu’humaine et évidente, emplie d’espoir et de violence. Une quête qui mit des années à se concrétiser et pour laquelle certains pays se battent encore. Ce livre relate l’espoir et la détermination de certains héros de l’Histoire qui ont su défier avec intelligence, malgré la violence souvent obligatoire, la bien trop conservatrice – voire inhumaine – « White America ». Un groupe d’hommes et de femmes qui ont subi pour la liberté des horreurs et qui n’ont jamais perdu de vue leur quête d’égalité. Ce livre renferme l’histoire de d’une Amérique pas si blanche que cela. Une Amérique qui après tant d’années a compris certaines erreurs – bien que pas toutes – mais une Amérique qui a su avoir un Président noir, une Amérique qui je pense aujourd’hui ferait moins honte à cette génération qui s’est battu pour. Une Amérique « Black & White », une Amérique de mixité, une Amérique de tous les possibles… Car normalement c’est ça l’Amérique ! Malcom X. Martin Luther King. BPP. Black Panthers Party for the Self Defense. Tous ceux qui se sont battus dans l’ombre. Bravo. Merci. Bien à vous. RIP.
Les flics se retournent, alertés par le bruit de leurs pas. Le groupe s’arrête à trois mètres et Sherman lance l’enregistrement. Les voyants armés, les agents dégainent. Leur prisonnier s’inquiète :
– Qu’est-ce qui se passe ?
– Ta gueule !
L’un le maintient de force, l’autre interpelle Bobby :
– Qu’est-ce que vous foutez là ?
– Bonsoir
– Je vous ai posé une question ! Et vos flingues ? Ils sont chargés ?
– Ouais. Si vous tirez, on tire.
Les policiers se crispent. De leurs lèvres s’échappe une vapeur saccadée. Celui à la torche revient à la charge :
– Pourquoi vous êtes armés ?
– Parce qu’on le droit, en vertu du deuxième amendement de la Constitution. Et nos armes ne sont pas dissimulées, conformément à la loi de Californie.
– Mais…vous…vous êtes qui ?
– On est le Black Panthers.
Vous l’aurez donc compris, l’auteur nous plonge en pleine rage des années 60 en débutant son roman avec l’assassinat de Malcom X, puis avec la création du Black Panthers Party par Bobby Seale et Huey Newton. Un voyage qui coupe le souffle grâce à la plume de l’auteur qui place ces coups avec style et originalité, passant d’un narrateur omniprésent au « je » des trois personnages principaux dans la deuxième partie. Un entonnoir narratif permettant à l’auteur de resserrer autour de nous l’indignation générale et mettant en exergue les sentiments grâce à cette entrée dans leurs pensées intimes qui sculpte la dureté des événements par leurs ressentis si différents :
  • Ceux de Charlène, jeune femme dont le caractère a été endurci voir fanatisé par la violence subie. Une fervente recrue qui ira jusqu’au bout, prête à mourir pour le Parti (ne voyez ici aucun spoil – je parle d’un trait de caractère).
  • Ceux de Neil, flic blanc qui subira aussi la violence de l’époque et façonnera son caractère autour de cette horreur des rues.
  • Ceux de Tyrone, indic’ recruté par le FBI pour infiltrer le BPP. Un personnage double qui subit lui aussi l’époque, et peut-être même encore plus de par son ambiguïté.
L’auteur met également un point d’honneur à nous entraîner dans l’atmosphère de cette époque en omettant aucun détail… Non seulement, son écriture tranchante, brutale et sèche renvoie directement à l’ambiance mais il ponctue également sa « fiction historique » de bout de réel discours, ainsi que de nombreux morceaux de musique révolutionnaires de l’époque tels « I’m Black and I’m Proud » de James Brown, ou encore « How Many More Time » de Led Zeppelin. Un brillant mélange englobant qui ébranle et nous fait vivre les événements. En clair, on s’y croirait… Alors ne le manquez surtout pas !

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Et pour la mémoire, voici le célèbre discours de Martin Luther King… « I have a dream » :

… Ainsi qu’un documentaire « All Power to the People »…

Et enfin, le lien vers un site dédié au BPP qui notamment donne accès à certains journaux du Parti :
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LC Nath & Nina #3 – « La nuit n’est jamais complète » de Niko Tackian

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Résumé : 

La route à perte de vue au milieu d’un désert de rocaille. Arielle et Jimmy parcourent le bitume au volant de leur vieille Ford. Mais quand le père et la fille tombent sur un barrage de police et sont obligés de passer la nuit sur place tout dérape… Ils se réveillent abandonnés, naufragés de l’asphalte, avec trois autres rescapés. A quelques kilomètres de là, deux immenses tours métalliques se dressent, cadavres rongés par la rouille et le temps.
Quelques maisons en tôles froissé se serrent pour se protéger du vent. Cette ancienne mine sera leur refuge. Ou leur pire cauchemar… Mais ce voyage au cœur des ténèbres est-il vraiment un hasard ?

Nina et moi avons emprunté une route désertique… La peur au ventre, l’angoisse pour compagne, Nina m’a suivie et, ensemble, nous avons suivi Jimmy et Arielle dans leur voyage au cœur des ténèbres… [Intro by Nath]

L’avis de Nina :

Bon d’accord c’est le deuxième coup de cœur que je vous sers mais bon, je n’ai pas le choix (et j’en suis ravie croyez-moi !) car je suis faaaaan ! Super fan ! Archi fan !  Bref j’adore cette histoire ! J’adore cet auteur ! J’en veux tout simplement plus !!!!!! Wahhhh mais quelle claque ! Quelle finesse ! Quelle brillante plume ! Merci Nath… Infiniment pour ce choix 😀 Comment ai-je pu passer à côté tout ce temps…. Alallaaaa ! – Allez, respire et calme-toi 🙂 [Note de Nath : Yes !!! Mission accomplie !!!]
Bon avec tout ça si vous avez encore des doutes je réitère : c’est un magnifique coup de cœur que je vous présente aujourd’hui en LC avec ma copinaute Nath de « Mes Lectures du dimanche ». On suit dans cette histoire Jimmy et sa fille, Arielle, qui durant un voyage se retrouvent bloqués sans voiture au milieu de nulle part sous le soleil ardant du désert. Un seul refuge : une mine désaffectée glauque à souhait où ils s’apprêtent à vivre un véritable cauchemar…
L’auteur est un diabolique manipulateur, qualité essentielle au thriller vous me direz, mais lui tout particulièrement ! Sa plume est tout bonnement cinématographique et décrit avec délice les lieux et les ondes dégagés par ceux-ci. En même temps, rien d’étonnant à cela sachant qu’il est également scénariste. Mais attendez un peu… la manipulation ne s’arrête pas ici ! Chaque chapitre fait monter la pression délicatement mais sûrement, comme la tortue qui barbe le lièvre il nous laisse croire qu’il nous livre les clés de l’intrigue ! Que nenni ! A cela, il ajoute l’arme fatale : des chapitres de 2 ou 3 pages maximum, chacun se finissant avec « la » phrase, vous voyez ?  Une véritable atteinte à la liberté individuelle ! Oui messieurs, dames : comment voulez-vous avoir envie de ne pas lire ce chapitre si court qui vous supplie de le lire, malgré la fatigue et le réveil du lendemain matin qui se rit de vous ?!
Venons-en maintenant à l’univers, il sait planter un décor propre au thriller allant même jusqu’à l’univers de « l’horreur » en nous glaçant le sang comme le ferait le King. J’ai frissonné à la représentation de cette mine et en me laissant imprégner malgré moi par la peur de l’inconnu, là dehors tout autour d’eux. La peur de mourir et la peur de voir les autres mourir. Ajoutez à ceci, la tendresse d’un père envers sa fille et la dimension pathétique vous saute en plein visage ! Une alliance qui éblouit pendant la lecture… Jusqu’à la phase finale : le dénouement ! Ici, l’auteur se fait plaisir et retourne tout, absolument tout en nous éclairant à la lumière de son talent ! Ne pensez surtout pas avoir la clé, ne vous fiez à rien dans ce roman car rien n’est vraiment ce qu’il parait être ! Et cette fin est magnifique, elle donne encore plus de relief à ce long et horrifique voyage ! Ne passez pas à côté… [Note de Nath : rien à ajouter, j’aurais pas dit mieux !!]

L’avis de Nath :

J’ai découvert Niko Tackian avec « Quelque part avant l’enfer ». Le style, l’intrigue, tout m’avait beaucoup plu ! Dès lors, l’arrivée de « Toxique » et, plus récemment, celle de « Fantazmë » ne m’avaient évidemment pas échappées et, salués par la critique, je n’ai pu que me ranger du côté des fans de Tomar Khan, le flic tourmenté qui rend floue les limites entre justice et loi… C’est donc avec beaucoup de surprise que j’ai découvert qu’un des livres de Tackian avait échappé à ma vigilance, mais cette session de rattrapage était exactement l’excuse dont j’avais besoin pour embarquer Nina dans l’aventure, à la découverte de cet auteur que j’affectionne ! [Note de Nina : M’en voilà, plus que ravie !]
Dans cette aventure, justement, on suit Jimmy et Arielle, père et fille, qui se retrouve bloqués par un barrage de police sur une route quasi désertique, à l’instar de trois autres personnes. Empêchés par la police, les cinq malheureux n’ont d’autres choix que d’attendre dans leur voiture avec un café gracieusement offert par la police locale. Mais quand, douze heures plus tard, ils se réveillent « groggy », seuls et en panne de batterie sous un soleil de plomb, ils doivent prendre des décisions. Ils prennent alors la route à pied et ne tardent pas à tomber sur une vieille ville minière abandonnée… Aubaine ou malédiction ?
Dans ces lignes, si j’ai retrouvé la marque de fabrique de Tackian dans des chapitres courts et bien construits, c’est néanmoins une facette inconnue que j’ai découverte… Dans un huit clos menaçant, Tackian nous entraîne sans hâte sur des routes angoissantes dans une ambiance étouffante digne d’un Stephen King. Pas de flic surentraîné et cogneur cette fois, juste une plongée terrifiante dans le quotidien de cinq malheureux abandonnés de tous…
J’ai frissonné et freiné des deux pieds par moment, tentant de crier aux protagonistes de ne pas s’engager sur certaines voies, non pas pour les sauver, mais parce que j’avais peur de les y suivre ! Malgré tout, avec Tackian aux commandes, le voyage ne pouvait que valoir le détour… J’espère, ma Nina, que tu as récupéré ! Car après t’avoir suivie au centre du « Cercle » avant de t’entraîner à la mine, j’ai hâte (ou très peur !) de connaître notre prochaine destination ! [Note de Nina : encore une belle aventure en perspective !]

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« Les chroniques de St Mary – Tome 1 : Un Monde Après l’Autre » de Jodi Taylor

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Résumé : 

Derrière l’innocente façade de St Mary, le secret du voyage dans le temps a été découvert et reste bien gardé. Les chercheurs en Histoire ont ainsi une méthode de travail tout à fait particulière : ils  » étudient ‘en temps réel’ les événements majeurs de l’Histoire « . En se faisant passer pour d’inoffensifs excentriques, ils tentent de répondre à certaines questions qui n’ont jamais été résolues, sans jamais toucher au cours de l’Histoire… au risque d’en mourir.
Madeleine Maxwell, une jeune et brillante historienne est contactée par son ancien professeur afin de rejoindre l’équipe de l’Institut St Mary. Au cours de son étrange entretien d’embauche, Maxwell comprend vite les possibilités qui s’offrent à elle…
De la disparition de Pompéi aux tranchées de la Première Guerre mondiale, du grand incendie de Londres à la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie, la jeune historienne va revivre d’extraordinaires événements. Alors qu’au sein de l’institut naissent des enjeux de pouvoir…

Mon avis : ♥♥♥♥♥

Encore une fois, commençons par les remerciements : Merci beaucoup à Agnès Chalnot et HC editions pour l’envoi de ce roman en service presse qui est non seulement pour moi une découverte mais aussi un coup de cœur 🙂
Ce roman qui est le 1er tome d’un saga de 9 a rempli entièrement son contrat ! Je me sens comme à mes 16 ans lorsque je venais de finir un tome de notre grand et célèbre « Harry Potter »… A savoir… Hystérique de ne pas avoir la suite !!! Dans cette histoire, on suit Maxwell (ou Max), historienne dans cet Institut de voyage dans le passé qu’est St Mary, à travers ses aventures farfelues mais aussi fortement « poissardes ». L’auteur a plusieurs cordes à son arc pour nous captiver et nous embarquer dans son monde :
  • Un thème qui intrigue avec le voyage dans le temps et une mise en perspective de celui-ci dans une possible réalité (fiction et réel se brouillent ainsi délicieusement)
  • Un super terrain d’action pour parler de certains événements historiques, lors des missions, qui donne un mariage heureux entre historique et fantastique. Evidemment, ces événements ne sont que « grossièrement » retranscris, il ne s’agit pas d’un traité d’histoire mais je trouve tout de même intéressant ce mariage avec juste ce qu’il suffit pour ne sembler barbant à personne.
  • Une héroïne qui en a dans le pantalon ! Elle est cynique, brute de décoffrage et formidablement forte. Une nana qui assure quoi ! Bien que je l’ai adoré, je tiens à souligner tout de même que l’auteur a tellement misé sur le caractère de Max que les autres personnages passent du coup un peu inaperçus… Mais peut-être que les autres tomes leur permettent de s’épanouir ! A suivre donc 🙂
  • Une rythmique soutenue – à part les 50 premières pages qui sont peut-être un peu longue pour mettre l’histoire en place – avec des actions continuelles. On ne risque pas de s’ennuyer et les personnages non plus d’ailleurs (il me faudrait 2 ans de sommeil après leurs péripéties pour récupérer !!!)
  • Un humour débordant et surtout une fin qui annonce le prochain tome.. Et ça, c’est vraiment vraiment une torture vicieuse 😀
Pour conclure, vous aurez tous compris que j’ai surkiffé (oui, je me lâche !) cette lecture, malgré quelques clichés et « facilités littéraires »,  et que j’attends le tome 2 avec impatience ! En revanche, ne vous faites pas avoir comme moi qui arrivée au milieu du roman, suis allée proposer le livre au CDI du collège où je bosse pour le mettre en rayon et qui vais devoir revenir sur mes paroles – l’air con haha ! (Oui, je raconte ma vie héhé) Malgré sa couverture enfantine et son résumé jeunesse, il y a quand même une scène bien osée-osée donc… pas avant 16 ans je pense 🙂 – rigoriste, moi ? Non du tout mais je pense qu’ils sont assez exposés comme ça au sexe et à la violence avec la TV, alors peut-être un peu finalement !

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C’est Lundi, Que Lisez-vous ? #53

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Il est l’heure du RDV du Lundi initié par Mallou et repris par Galleane. Mais avant d’aller plus loin, voici un petit rappel du principe :
Il vous suffit chaque lundi de répondre à ces trois questions :
  • Qu’ai-je lu la semaine passée?
  • Que vais-je lire ensuite?
  • Que suis-je en train de lire en ce moment?
Ensuite, RDV sur le blog de Galleane pour y laisser le lien vers votre article :)
La semaine passée, j’ai fini le brillantissisme…
« Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre
Un énorme coup de cœur pour ce roman Goncourt ! Mélangeant fiction et réalité, l’auteur nous entraîne dans les turpitudes d’après-guerre et nous offre une nouvelle vision de la première guerre mondiale. Fataliste et cynique à la fois, une véritable pépite ! Si vous désirez en savoir plus, cliquez ici 🙂
En ce moment, je suis dans la lecture d’un Service Presse reçu par HC Éditions dans le courant du mois dernier…
« Le vol du gerfaut » de Jean Contrucci

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Une histoire de vol organisé de manuscrit, un agréable moment de lecture bien que le début fût un peu long à démarrer mais attendons la fin pour en dire plus 🙂
Ensuite, je me lance dans la lecture épistolaire dont je vous ai touché deux mots la semaine dernière dans le cadre du Challenge LC Classique avec Mes Lectures du Dimanche :
« Lettres » de Mme de Sévigné

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Et vous, que lisez-vous ?

 

« Au-revoir là-haut » de Pierre Lemaitre


Résumé : 

1918. Rescapés du chaos de la Grande Guerre, Albert et Edouard, deux amis liés par le sort; comprennent que la France, si elle glorifie ses morts, ne donne pas de place aux survivants. Condamnés à l’exclusion, ils imaginent alors une arnaque d’envergure nationale, d’une audace inouïe et d’un cynisme absolu.

Mon avis : ♥♥♥♥♥

Me voilà réconciliée et même complètement disposée à l’égard de Pierre Lemaitre grâce à cette oeuvre ! J’étais au départ sceptique n’ayant que peu appréciée « Trois jours et une vie » de l’auteur et titillée par la peur de la déception avec tout le foin que ce livre a reçu, mais il faut dire quand même que ce roman a de bons arguments pour se laisser convaincre ! De mon côté, ce n’est pas le Prix Goncourt qui m’a attiré mais pour commencer la période vue sous un autre angle, puis vos chroniques toutes plus belles les unes que les autres et enfin… la réalisation du film par Dupontel ! Au final, je viens avec cette chronique vous parler d’un coup de cœur qui m’a tiré les larmes, une tragédie coup de poing profondément humaine sur une période inhumaine. Un roman qui ne laisse rien au hasard et qui pourrait être le support d’une analyse poussée en littérature…
« Je te donne rendez-vous au ciel où j’espère que Dieu nous réunira. Au revoir là-haut, ma chère épouse… » Derniers mots écrits par Jean Blanchard, le 4 décembre 1914.
On suit deux protagonistes « centraux », Albert et Edouard, rescapés de guerre, du moins dans la forme… Car bien que le livre commence à la fin de la guerre et nous les présentes comme deux soldats qui ont survécus, ils restent deux écorchés de guerre marqués par celle-ci. La guerre est une ombre fantomatique qui poursuit les personnages et malgré l’armistice signé elle ne semble jamais finie, elle plane dans leurs vies marquées au fer dans leurs corps et leurs esprits comme une dépossession de soi. Pour l’un physiquement, Edouard qui a perdu la moitié de son visage en sauvant Albert, et pour Albert psychologiquement, sursautant à chaque bruit. Une vie donc qui se poursuit, mais sur les décombres que la guerre a laissé.
Autour d’eux viennent d’autres personnages tout aussi importants, le père d’Edouard, Mr Péricourt, riche et très haut placé ainsi que le lieutenant Pradelle, une sombre ordure qui réussi en piétinant les autres (je ne peux pas en dire plus…!). Deux personnages qui ont presque autant de place que nos deux héros et qui représentent disons le côté obscur : le mal, l’injustice et la luxure. Si pour le premier, la rédemption se fait sentir, l’autre restera une figure maléfique durant tout le roman. On se plait à le haïr de pages en pages, souhaitant toujours un peu plus sa déchéance. Face eux, deux autres figures apparaissent, comme leurs doubles bénéfiques, la sœur d’Edouard, Madeleine, et une bonne travaillant pour Mr Péricourt, Pauline, incarnation de l’ange dans sa douceur et sa pureté. Si je parais tant insister sur les notions bibliques, ce n’est pas anodin. En effet, j’ai vraiment ressentie à plusieurs passages du livre la référence à Dieu, au Paradis et à l’Enfer, cela dans la personnalité des personnages qui entourent Albert et Edouard ; dans la Maison Péricourt prenant tout l’espace, immense et représentant la Maison paternelle, la Maison du Père ; ou bien directement dans le champs lexical du roman tel que la phrase écrite plus haut par un soldat faisant référence à Dieu et ouvrant l’ouvrage, ou encore dans des passages précis. Mais encore une fois, je ne peux pas trop en dire, j’arrête donc l’analyse ici. Quoiqu’il en soit ou « ainsi soit-il », la moralité dans ce livre est la pierre angulaire et nos deux héros sont au milieu combattant leur propre moralité dans un monde totalement immoral, ce sera d’ailleurs le combat principal d’Albert durant tout le livre.
L’arnaque, quant à elle, n’est que secondaire. Elle sert seulement à alimenter l’histoire, qui cherche plutôt à analyser les mouvements du cœur humain dans l’après-guerre. Une analyse bouleversante de la société, de la désolation laissée par la guerre dans le cœur des hommes mais aussi dans leurs rapports aux autres. Cette guerre qui n’en finit pas malgré l’armistice et qui laisse sa trace. Pierre Lemaitre analyse donc la manière de chacun de tenter de dépasser la guerre (souvent en vain), d’avancer sur ce champs de cadavres Patriotiques. Mais également l’analyse d’un gouvernement tyran qui a envoyé SES « enfants » à la guerre et n’a que peu d’estime sur SES sacrifices, ne sachant que faire de tous SES morts, malgré l’apparat déployé. Un gouvernement qui fait semblant de s’intéresser, de glorifier SES morts par des monuments mais laissant SES rescapés à l’abandon peut-être pour écarter SES témoins gênants. Voilà, un autre aspect intéressant de ce roman : l’être et le paraître en maître-mots surplombant la désolation humaine et sociétale.
On retrouve d’ailleurs cela à travers Edouard qui quotidiennement se crée des masques pour recouvrir son visage meurtri par la guerre. Pour couvrir sa perte d’identité avec la perte de son visage comme les soldats morts sans nom qui eux ne retrouveront jamais leur identité. Des masques comme une possibilité de se réécrire, de se transformer en ce que l’on veut être… Du moins, en apparence ! Et une arnaque montée en tant que revanche sur la guerre dirigée vers l’Etat mais pas seulement car sans trop vous en dire la relation au père est également très importante dans cette histoire… 
Ce roman n’est pas seulement un roman, à la manière des premiers romans d’analyse du XVIIème, Pierre Lemaitre a su nous plonger dans une période assez éloignée pour être glorifier mais aussi assez proche pour être imprégnée en nous comme vraisemblable mêlant ainsi fiction et véracité avec brio. Une magnifique oeuvre contemporaine qui attire notre attention sur la guerre comme autre chose que des poilus dans des tranchées combattant les méchants Boches. Une vision élargie de ce que nous apprend le secondaire à travers nos livres d’histoire et nos monuments aux morts implantés  partout en France. Pour finir, je vous dirais seulement : lisez-le ! Et j’ai vraiment hâte de voir l’adaptation de Dupontel qui j’en suis sûre a su retranscrire magnifiquement grâce à son style le cynisme et la fatalité de cette histoire.

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Post-scriptum : Quel magnifique titre rendant hommage et honneur à ce soldat mort au front et écrivant pour la dernière fois à sa femme. Pour tout vous dire, rien que la découverte de ce titre et du pourquoi à l’entrée du roman m’a bouleversé. Je le trouve empli de poésie et d’amour. Un superbe adieu renfermant l’espoir de se revoir…

« Waringham – Tome 1 : La roue de la Fortune » de Rebecca Gablé

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Résumé :

1360. Robert de Waringham n’a que douze ans lorsqu’il apprend que son père est mort en France, accusé de traîtrise envers la couronne d’Angleterre. La guerre – qui durera cent ans – ne fait que commencer et celui que l’on surnomme Robin se retrouve sans famille, sans aucune ressource et avec l’honneur de son nom à laver.
Il décide pourtant de retourner sur ses terres et de se faire engager comme garçon d’écurie, sous le joug du nouveau comte et de son fils. Robin grandit et suit sa voie qui le ramène vite dans le monde de la Cour, de la noblesse et de la chevalerie. Aux côtés du charismatique duc de Lancastre, il vit des campagnes militaires, des révoltes et des triomphes politiques.
Il rencontre aussi des femmes aussi dangereuses qu’elles sont belles. Mais la roue de la fortune ne s’arrête pas de tourner et tandis qu’un jeune roi incapable menace de faire sombrer l’Angleterre, Robin se bat pour rester fidèle à ses valeurs et à son nom.

Mon avis : ♥♥♥♥♥

Aujourd’hui, je viens vous parler d’un livre que j’ai reçu en service presse. J’en profite pour remercier Agnès Chalnot et HC Editions pour cette belle découverte, qui n’est rien de moins qu’un sacré coup de cœur ! Je suis tellement impatiente que la suite sorte… Une vraie torture !!
Avec cette réception, j’ai été plongé dans la fin du Moyen-âge britannique et je me suis régalée. On y suit Robert qui du jour au lendemain apprend la mort de son père. Mais pas n’importe quelle mort… Une mort en traître de la couronne ! Robert (ou Robin comme on le surnomme) est dévasté par la nouvelle et perd en même temps que ce père aimé ses droits sur le fief familial. Malgré cela, il décide d’y retourner et d’y travailler comme palefrenier. De multiples aventures l’attendent, en plus du déshonneur, il devra supporter le fils du nouveau seigneur sur les terres qui devaient lui revenir, Mortimer qui deviendra son pire ennemi. Entre lutte de pouvoir à Waringham mais aussi dans l’Angleterre entre les Plantagenêts et les Lancastre, ce tome nous enracine dans la guerre de Cent Ans avec clarté et précision. Une véritable épopée chevaleresque attend notre héros, malgré les bas et les combats pour parvenir à faire tourner cette fameuse « Roue de la Fortune »
Je me suis beaucoup attachée au personnage de Robin qui représente le stéréotype même du chevalier médiéval. Fidèle et courtois, il poursuit ses ambitions et réhabilite son père auprès du roi sans jamais faiblir ou montrer sa peur. A contrario, Mortimer est l’antithèse de la chevalerie et nous peint le côté obscur de la noblesse de l’époque. Celle qui a les dents longues et ne cherche que le prestige et les avantages sans jamais engager son honneur, tournant et retournant sa veste au rythme du contexte royal. Bien que le contraste de ces deux personnages peut paraître simpliste par la représentation surfaite qu’il dépeint du bien contre le mal, j’ai été conquise par la véracité des faits. En effet, l’un comme l’autre sont les deux types de personnes qui existaient à cette époque et qui peuplaient les cours de nos chers rois. Alors, ne soyons pas tatillons et acceptons ce Yin et ce Yang pour sa valeur historique simplifiée 🙂
De plus en parlant de véracité des faits, je dois également souligner que l’auteure a mis un point d’honneur à sa documentation. Les conflits nationaux et internationaux (pour rappel, nous sommes en pleine guerre de Cent Ans entre la France et l’Angleterre) ainsi que les jeux de Cour et de pouvoir sont très bien retranscrits. Rebecca Gablé nous offre ainsi un beau paysage médiéval relatant les hiérarchies sociales, le jeu d’échec qu’était la délégation de fief et l’hommage à un seigneur ou encore les manières de vivre de l’aristocratie.
Pour finir, la plume de l’auteure est simplement addictive. Cela fait parti du « je ne sais quoi » de l’auteure pour notre plus grand bonheur ! A chaque prise en main du livre, il m’était quasiment impossible de pouvoir le reposer malgré ma fatigue et mes yeux qui se fermaient tout seul… En clair, foncez, faites-vous plaisir et n’ayez pas peur de vous perdre dans la multitude de personnages, un arbre généalogique ainsi qu’un récapitulatif des personnages figurent sur les premières pages du livre ! De quoi rassurer ceux qui ont peur de se perdre dans ce dédale historique 😉

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En bonus, pour vous donner encore plus envie de découvrir la vie de cette famille, voici l’arbre généalogie qui ouvre ce premier tome 🙂

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« 1984 » de George Orwell

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Résumé :

« De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire vous fixait du regard. BIG BROTHER VOUS REGARDE, répétait la légende, tandis que le regard des yeux noirs pénétrait les yeux de Winston… Au loin, un hélicoptère glissa entre les toits, plana un moment, telle une mouche bleue, puis repartit comme une flèche, dans un vol courbe. C’était une patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens. Mais les patrouilles n’avaient pas d’importance. Seule comptait la Police de la Pensée. »

Mon avis : ♥♥♥♥♥

« BIG BROTHER IS WATCHING YOU ! »

Que l’on ai lu ou non ce livre, nous connaissons tous cette phrase mythique et mystique… Et lorsque j’ai commencé cette lecture, je n’échappais pas à cette règle. Je savais de quoi parlais ce classique, j’en ressentais d’avance le climat oppressant sous l’œil omniscient de l’Etat personnifié en BIG BROTHER ainsi que le peinture du totalitarisme ! Et pourtant, croyez-moi, j’étais loin des ressentis et du bouleversement qui se passe en nous au fil des pages.
On suit Winston Smith, membre du Parti extérieur, qui nous raconte cette société de 1984. Divisée en trois groupes, le Parti Intérieur, le Parti Extérieur et le Prolétariat qui ont chacun leurs règles et Winston faisant parti du 2ème est dans la catégorie la plus contrôlée. Il nous conte la propagande, l’appel à la haine, le contrôle sur l’individu jusqu’à la glaçante Police de la Pensée, la surveillance constante jusque dans les appartements, le conditionnement sans réel interdit, le non-droit du mariage d’amour et du plaisir sexuel… En clair, on découvre ébahit un régime totalitaire perfectionniste dont il semble qu’on ne peut échapper ou sortir du lot. Et tout cela sous contrôle d’un dirigeant jamais vu publiquement, peut-être même inexistant, mais qui exerce les pleins pouvoirs sur un peuple avec lequel il joue et auquel il fait croire ce qu’il veut…
Une société qui glace le sang. Bien sûr, aujourd’hui notre monde n’est pas tel que le décrit Orwell, mais les troublantes similitudes font peur. Il nous pousse au raisonnement jusqu’à parfois remettre tout en cause. « Celui qui a le contrôle du passé, disait le slogan du Parti, a le contrôle du futur » car en effet, l’Histoire est écrite et transmise. Mais écrite par qui ?! A quel moment ? Dans quel but ? Et pour le confort de qui ? Et si, des faits étaient modifiés, rectifiés par des mains opportunistes. Lequel d’entre-nous pourrait avoir la preuve de la falsification ? La vérité est dans les livres même si elle est fausse. Voici un exemple de questionnement au sortir de cette lecture. Mais d’autres viennent à nous, la guerre en est un autre exemple. Orwell nous dépeint la guerre froide, nous explique le pourquoi et forcément en ces temps troubles des questionnements surgissent. Ou encore la surveillance constante, n’est-on pas nous aussi perpétuellement tracés? Le portable, le pass Navigo, les GPS, Instagram, Facebook, Snapchat, même les Iphone sont maintenant capables tout seuls de nous nommer un numéro inconnu qui nous appelle… Mais, je vais m’arrêter là, je ne voudrais pas trop en dire.
Ce livre est un drame humain, un cri de désespoir qui montre bien l’état d’esprit littéraire d’après-guerre. Le besoin de reconstruction et la perte d’espoir en l’homme et ses semblables, en l’homme pour ses semblables. Un roman qui écrit quelques années avant aurait rejoint la liste de l’Inquisition. Le tout écrit avec une plume incisive et captivante ! Un classique à lire, bien qu’il laisse un goût amer et nous interroge sur notre société de façon profonde.
coup de coeur