« Au-revoir là-haut » de Pierre Lemaitre


Résumé : 

1918. Rescapés du chaos de la Grande Guerre, Albert et Edouard, deux amis liés par le sort; comprennent que la France, si elle glorifie ses morts, ne donne pas de place aux survivants. Condamnés à l’exclusion, ils imaginent alors une arnaque d’envergure nationale, d’une audace inouïe et d’un cynisme absolu.

Mon avis : ♥♥♥♥♥

Me voilà réconciliée et même complètement disposée à l’égard de Pierre Lemaitre grâce à cette oeuvre ! J’étais au départ sceptique n’ayant que peu appréciée « Trois jours et une vie » de l’auteur et titillée par la peur de la déception avec tout le foin que ce livre a reçu, mais il faut dire quand même que ce roman a de bons arguments pour se laisser convaincre ! De mon côté, ce n’est pas le Prix Goncourt qui m’a attiré mais pour commencer la période vue sous un autre angle, puis vos chroniques toutes plus belles les unes que les autres et enfin… la réalisation du film par Dupontel ! Au final, je viens avec cette chronique vous parler d’un coup de cœur qui m’a tiré les larmes, une tragédie coup de poing profondément humaine sur une période inhumaine. Un roman qui ne laisse rien au hasard et qui pourrait être le support d’une analyse poussée en littérature…
« Je te donne rendez-vous au ciel où j’espère que Dieu nous réunira. Au revoir là-haut, ma chère épouse… » Derniers mots écrits par Jean Blanchard, le 4 décembre 1914.
On suit deux protagonistes « centraux », Albert et Edouard, rescapés de guerre, du moins dans la forme… Car bien que le livre commence à la fin de la guerre et nous les présentes comme deux soldats qui ont survécus, ils restent deux écorchés de guerre marqués par celle-ci. La guerre est une ombre fantomatique qui poursuit les personnages et malgré l’armistice signé elle ne semble jamais finie, elle plane dans leurs vies marquées au fer dans leurs corps et leurs esprits comme une dépossession de soi. Pour l’un physiquement, Edouard qui a perdu la moitié de son visage en sauvant Albert, et pour Albert psychologiquement, sursautant à chaque bruit. Une vie donc qui se poursuit, mais sur les décombres que la guerre a laissé.
Autour d’eux viennent d’autres personnages tout aussi importants, le père d’Edouard, Mr Péricourt, riche et très haut placé ainsi que le lieutenant Pradelle, une sombre ordure qui réussi en piétinant les autres (je ne peux pas en dire plus…!). Deux personnages qui ont presque autant de place que nos deux héros et qui représentent disons le côté obscur : le mal, l’injustice et la luxure. Si pour le premier, la rédemption se fait sentir, l’autre restera une figure maléfique durant tout le roman. On se plait à le haïr de pages en pages, souhaitant toujours un peu plus sa déchéance. Face eux, deux autres figures apparaissent, comme leurs doubles bénéfiques, la sœur d’Edouard, Madeleine, et une bonne travaillant pour Mr Péricourt, Pauline, incarnation de l’ange dans sa douceur et sa pureté. Si je parais tant insister sur les notions bibliques, ce n’est pas anodin. En effet, j’ai vraiment ressentie à plusieurs passages du livre la référence à Dieu, au Paradis et à l’Enfer, cela dans la personnalité des personnages qui entourent Albert et Edouard ; dans la Maison Péricourt prenant tout l’espace, immense et représentant la Maison paternelle, la Maison du Père ; ou bien directement dans le champs lexical du roman tel que la phrase écrite plus haut par un soldat faisant référence à Dieu et ouvrant l’ouvrage, ou encore dans des passages précis. Mais encore une fois, je ne peux pas trop en dire, j’arrête donc l’analyse ici. Quoiqu’il en soit ou « ainsi soit-il », la moralité dans ce livre est la pierre angulaire et nos deux héros sont au milieu combattant leur propre moralité dans un monde totalement immoral, ce sera d’ailleurs le combat principal d’Albert durant tout le livre.
L’arnaque, quant à elle, n’est que secondaire. Elle sert seulement à alimenter l’histoire, qui cherche plutôt à analyser les mouvements du cœur humain dans l’après-guerre. Une analyse bouleversante de la société, de la désolation laissée par la guerre dans le cœur des hommes mais aussi dans leurs rapports aux autres. Cette guerre qui n’en finit pas malgré l’armistice et qui laisse sa trace. Pierre Lemaitre analyse donc la manière de chacun de tenter de dépasser la guerre (souvent en vain), d’avancer sur ce champs de cadavres Patriotiques. Mais également l’analyse d’un gouvernement tyran qui a envoyé SES « enfants » à la guerre et n’a que peu d’estime sur SES sacrifices, ne sachant que faire de tous SES morts, malgré l’apparat déployé. Un gouvernement qui fait semblant de s’intéresser, de glorifier SES morts par des monuments mais laissant SES rescapés à l’abandon peut-être pour écarter SES témoins gênants. Voilà, un autre aspect intéressant de ce roman : l’être et le paraître en maître-mots surplombant la désolation humaine et sociétale.
On retrouve d’ailleurs cela à travers Edouard qui quotidiennement se crée des masques pour recouvrir son visage meurtri par la guerre. Pour couvrir sa perte d’identité avec la perte de son visage comme les soldats morts sans nom qui eux ne retrouveront jamais leur identité. Des masques comme une possibilité de se réécrire, de se transformer en ce que l’on veut être… Du moins, en apparence ! Et une arnaque montée en tant que revanche sur la guerre dirigée vers l’Etat mais pas seulement car sans trop vous en dire la relation au père est également très importante dans cette histoire… 
Ce roman n’est pas seulement un roman, à la manière des premiers romans d’analyse du XVIIème, Pierre Lemaitre a su nous plonger dans une période assez éloignée pour être glorifier mais aussi assez proche pour être imprégnée en nous comme vraisemblable mêlant ainsi fiction et véracité avec brio. Une magnifique oeuvre contemporaine qui attire notre attention sur la guerre comme autre chose que des poilus dans des tranchées combattant les méchants Boches. Une vision élargie de ce que nous apprend le secondaire à travers nos livres d’histoire et nos monuments aux morts implantés  partout en France. Pour finir, je vous dirais seulement : lisez-le ! Et j’ai vraiment hâte de voir l’adaptation de Dupontel qui j’en suis sûre a su retranscrire magnifiquement grâce à son style le cynisme et la fatalité de cette histoire.

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Post-scriptum : Quel magnifique titre rendant hommage et honneur à ce soldat mort au front et écrivant pour la dernière fois à sa femme. Pour tout vous dire, rien que la découverte de ce titre et du pourquoi à l’entrée du roman m’a bouleversé. Je le trouve empli de poésie et d’amour. Un superbe adieu renfermant l’espoir de se revoir…

« Underground Railroad » de Colson Whitehead

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Résumé : 

Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord. De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le « misérable cœur palpitant » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté. L’une des prouesses de Colson Whitehead est de matérialiser l’« Underground Railroad », le célèbre réseau clandestin d’aide aux esclaves en fuite qui devient ici une véritable voie ferrée souterraine, pour explorer, avec une originalité et une maîtrise époustouflantes, les fondements et la mécanique du racisme.
À la fois récit d’un combat poignant et réflexion saisissante sur la lecture de l’Histoire, ce roman, couronné par le prix Pulitzer, est une œuvre politique aujourd’hui plus que jamais nécessaire.

Mon avis : ♥♥♥♥

Comme beaucoup, je me suis laissé tenter pour la rentrée littéraire de septembre par ce prix Pulitzer dont j’ai énormément entendu parler. L’appel de la renommée et le thème m’avait tout deux convaincue. En me jetant dans la lecture, j’étais donc en attente de beaucoup, trop peut-être…
On suit Cora, une jeune fille noire esclave sur un champs de coton. Abonnée par sa mère à son plus jeune âge, elle nous raconte la dure réalité de son quotidien sur la plantation. Puis le soir où Caesar l’aborde pour lui parler d’une folle idée d’évasion. Suite à cela, les événements s’enchaînent plus ou moins et l’on suit leur épopée en Amérique. De perte d’identité à nécessité de fuir, l’horreur de leur condition grandit au fil des pages et nous fait vivre à travers elle la violence de l’esclavage et le sadisme blanc de l’époque. Ce texte résonne donc comme un témoignage coup de poing grâce à la plume de l’auteur qui sait avec brio retranscrire la rage et la violence des faits.
Dans un pays comme l’Amérique (et même beaucoup d’autres) où les actes racistes sont encore (malheureusement) d’actualité et bien trop nombreux, ce livre est un bijou à passer de mains en mains pour qu’enfin cette triste réalité s’arrête et je comprends – et même je félicite – l’ovation et l’effervescence qu’il y a eu autour de lui. Mais d’un point de vue strictement littéraire, j’ai été déçu par le récit et j’ai vécu cette lecture comme un boulet à traîner… Je n’ai pas réussi à entrer vraiment dans cette histoire et à m’y « attacher ». Les chapitres sont longs et parfois débordent de détails qui n’ont que peu d’intérêt pour l’histoire. Je me sentais donc comme déconcentrée dans ma lecture, avec un œil dedans et une oreille dehors. Bon je vous l’accorde l’image n’est pas simple à se représenter mais en clair, je n’étais pas dedans, je me sentais discrète. Je me suis tout de même demandé si ma vie personnelle n’a pas eu un impact (avec le stress de l’approche des examens et la vie quotidienne qui fait que parfois on est plus discret que d’habitude) puis en me plongeant dans la lecture suivante je me suis rendue compte que non, il y a bien quelque chose dans ce roman qui faisait que je n’étais pas totalement saisie. C’est donc semi-convaincue que je ressort de cette lecture ! 
Pour autant, je ne déconseille pas de le lire, il n’en reste pas moins qu’il aborde un thème fort et nécessaire avec une virulence qui comme un post-it rappelle l’horreur commise. Alors à vous de voir et de vous en faire votre idée 🙂

« Nos années sauvages » de Karen Joy Fowler

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Résumé :

Il était une fois deux sœurs, un frère et leurs parents qui vivaient heureux tous ensemble. Rosemary était une petite fille très bavarde, si bavarde que ses parents lui disaient de commencer au milieu lorsqu’elle racontait une histoire. Puis sa sœur disparut. Et son frère partit. Alors, elle cessa de parler… jusqu’à aujourd’hui. C’est l’histoire de cette famille hors normes que Rosemary va vous conter, et en particulier celle de Fern, sa sœur pas tout à fait comme nous…

Mon avis : ♥♥♥♥♥

Voilà, voilà… Ces cœurs décolorés en disent long ! J’avais été prévenu avant la lecture de l’originalité de ce roman, plusieurs fois même. J’ai donc tenté de persévérer mais malheureusement, je n’ai vraiment – mais alors vraiment – pas accroché ! J’ai d’ailleurs laissé tomber l’histoire à la moitié du roman, non seulement parce que je me forçais à lire (aucun intérêt) mais aussi parce que je sentais que si je continuais la panne de lecture ne serait pas loin… Oui, je sais je suis un peu cruelle mais c’est mon ressenti alors…
En revanche, je ne peux pas dire que l’histoire ou le thème soient nuls ! Non, j’aimais l’idée de cette exploration de la proximité de l’homme et l’animal, que j’avais d’ailleurs beaucoup apprécié dans la lecture de « Syndrome O » de Bénédicte Vidor-Pierre. Ce qui m’a rebuté complètement, c’est le ton du récit. Impersonnel et passif de la narratrice, Rosemary. Au début, j’ai trouvé ça marrant comme façon de parler et d’expliquer les choses, cette froideur qui nous met à distance. Puis, à la longue je me suis lassé jusqu’à carrément ne pas réussir à suivre l’histoire par manque d’intérêt pour l’héroïne. Autrement dit, je m’en fichais un peu de ce qui pouvait lui arriver… Et c’est à ce moment là que la lecture automate a débutée pour peu de temps, je vous l’accorde. J’ai dû tenir un chapitre ou deux et décider de stopper les dégâts directement. Je ne sais pas vraiment quoi ajouter d’autre concernant cette lecture  ou demi-lecture…
Je suis peut-être passée à côté de quelque chose, peut-être que la fin justifie les moyens et que tout s’éclaire grâce à un événement particulier… Mais pour le coup, je ne le saurais jamais…

Défi « Le Livre Voyageur » Session 1 – « Adultère » de Paulo Coelho

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Résumé :

Un mari aimant, de beaux enfants, un métier gratifiant ; sur le papier, Linda a tout pour être heureuse. Et pourtant, elle n’est qu’apathie et indifférence. Puis vient la rencontre avec un ancien petit ami. Jacob est un homme politique de premier plan et réveille en elle un sentiment perdu depuis longtemps : la passion. Mais pour conquérir cet amour impossible et enfin trouver le bonheur, elle devra puiser jusqu’au plus profond d’elle-même.

Mon avis : ♥♥♥♥♥

Avant toutes choses, je suis heureuse de partager cette expérience avec vous ! Et j’ai vraiment hâte de lire vos retours à tous 🙂 Je vous souhaite une excellente lecture dans les prochains mois et je vous annonce que le livre est déjà entre les mains de la prochaine sur la liste, à savoir, Nath de « Mes Lectures du dimanche ».

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Revenons au livre. Comme expliqué dans le résumé on suit Linda, 31 ans, qui a tout pour être heureuse. Pourtant, on l’a voit sombrer peu à peu dans une dépression remettant tout en cause et surtout laissant libre court à son envie d’aventures. Aventure de la vie mais aussi aventure de l’amour du sexe ! Après avoir revu un ancien petit ami de jeunesse, elle se laissera aller à l’adultère. Un adultère contre la dépression comme on avale un des lysanxia…
Alors, j’ai vraiment avalé les pages de ce roman qui se lit très bien et nous emporte dans la vie et les ressenties de Linda de manière efficace et agréable. En revanche, bien que j‘ai apprécié l’analyse du couple et de la routine qui s’y installe au fur et à mesure des années, j’ai trouvé un peu simple la solution de l’adultère. Et surtout, la déculpabilisation de l’acte en lui-même. De surcroît, les scènes sexuelles sont abrupts et – je trouve – sans aucun intérêt littéraire. Je soupçonne l’auteur (que pourtant j’aime beaucoup) d’avoir laissé libre court à ses pulsions et ses fantasmes en une sorte de catharsis à travers cette héroïne de base effacée, voire transparente, qui se transforme en actrice porno d’une page à l’autre. En clair, bien que j’ai trouvé la lecture agréable, je ne peux pas dire que je me sois retrouvée ou encore que j’ai été transporté par cette histoire.
Enfin, un autre point m’a un peu turlupiné, la réaction du mari… Je ne veux pas trop en dévoiler mais je pense que sa tirade de fin n’est vraiment que pure fiction ! Aucun homme ne régirait comme cela, enfin je pense, peut-être que je me trompe hein m’enfin bon, vous me direz ce que vous en pensez parce que moi, je suis resté « yeux écarquillés et bouche bée ! ». Bien que ce soit beau, il faut quand même rester lucide et pourtant je suis loin d’être une grande jalouse… (oui, bon d’accord même sans rien dévoiler, j’en dévoile trop ! Donc je m’arrête !!). En bref, je n’ai pas vraiment réussi à déceler la morale qui se dégage de cette histoire… Et ça me chagrine !
Sur tout ces éléments quelque peu négatifs, il n’en reste pas moins que je suis contente d’avoir découvert cet énième roman de l’auteur qui se laisse lire facilement et agréablement, même si je sais par avance que ce n’est pas celui qui me marquera le plus.

La chronique de Nath ♣ La chronique de Carolane ♣ La chronique de Rose ♣ La chronique de Aelys ♣ La chronique de Claire ♣ La chronique de Revanbane45 ♣ La chronique de C&T ♣ La chronique d’Ali ♣ La chronique d’Aline ♣ La chronique de Sam ♣ La chronique de Geneviève ♣

LC avec La Labyrinthèque – « Khadija » de Marek Halter

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Résumé : 

Khadija, prospère femme d affaires, est veuve. Pour conserver sa place au sein de la communauté des riches marchands de La Mecque, elle doit se remarier. Contre toute attente, son choix se porte sur un homme pauvre, inconnu et illettré : Muhammad ibn Abdallah. En dix ans de bonheur, le couple s affirme dans la société mecquoise. Khadija s’impose comme une femme d exception, tandis que la modération et la sagesse de Muhammad conquièrent les puissants. Mais une série de tragédies s’abat sur le pays. Khadija fait preuve d’un courage et d’une force inouïs. La paix revenue, Muhammad s’isole dans le désert et entend un jour la parole divine. Il croit devenir fou, mais Khadija saura se dresser contre tous pour faire entendre la parole nouvelle de son époux, et poser les fondements de l’Islam.

Mon avis :

Ce livre me tenait à cœur depuis longtemps et c’est avec plaisir que j’ai partagé cette lecture avec La Labyrinthèque ! Que, malheureusement, j’ai fait attendre… Encore désolée !
En passionnée d’histoire, mes cours me font plus souvent voyager en Occident. Alors bien sûr, l’Orient m’attire. Qui dit Orient, dit polythéisme de l’Arabie mais ensuite début de l’Islam : de la réception du message d’Allah par Muhammad, à sa diffusion et à l’Hégire qui marque le début du calendrier musulman. Ce livre m’a donc attiré pour son aspect historique mais aussi pour l’angle qu’il met en lumière, à savoir comme le nom de la trilogie l’indique : « Les femmes de l’Islam ». Bien sûr, je suis une femme quoi de plus naturel qu’une pointe de féminisme mais aussi, car souvent « derrière chaque grand homme, il y a une grande femme » ou comme le dit le proverbe arabe du début du roman « Si l’homme était un fleuve, la femme en serait le pont ». Ce proverbe résume bien le lien homme/femme qui se déroule sous nos yeux dans cette histoire… Mais venons-en au livre …
Khadija est la veuve la plus puissante de Mekka, mais malgré cela sa voix ne compte pas. Evidemment, c’est une femme. La tradition veut que les hommes décident, en Orient comme en Occident. Après une razzia dont sa caravane fût la cible, elle remet en cause son veuvage pour plusieurs raisons :
  1. La vengeance. La razzia a été commandée par un puissant de Mekka, Abu Sofyan, qui au même moment la demande en mariage, en énième épouse, pour mettre la main sur sa fortune.
  2. Le pouvoir et la sauvegarde. Sa cousine, Muhavija, la sermonne en lui expliquant qu’un remariage serait la meilleure solution pour elle, pour sa fortune, sa descendance et pour la représenter auprès des grands de la cité.
  3. L’amour et la protection. Elle sait au fond d’elle-même qu’elle est tombée sous le charme de Muhammad ibn ‘Abdallâh. L’un de ceux qu’elle a choisi pour accompagner sa caravane et qui a gagné la bataille lors de la razzia. Celui qui se fera tuer si Abu Sofyan apprend qu’il a tué un des siens. Le sang vengé par le sang.
Elle se laisse donc convaincre, non sans crainte d’être rejetée pour son âge. En effet, elle a une dizaine d’années de plus que Muhammad. Mais celui-ci accepte. Le mariage est célébré et leur amour en ferait rêver plus d’une. Muhammad est un homme aimant, courageux et fidèle. Khadija est une femme forte, indépendante et pleine d’amour pour son mari. Ensuite, on suit la vie de Mekka et ses drames. La vie de Khadija et Muhammad, la naissance de leurs enfants, leurs drames, leurs joies jusqu’au message reçu par Muhammad. Jusqu’à ce que Muhammad devienne le Prophète de cette belle religion qu’est l’Islam.
J’ai aimé cette lecture qui permet d’en apprendre plus sur les mœurs de l’époque et de mettre en avant cette femme qui nous prouve que malgré tout les femmes avaient de l’importance et pouvaient contrer les hommes à leur manière. Je me suis passionnée pour les personnages de Khadija et Muhammad mais aussi les esclavages très présents dans leur vie, comme des membres de la famille. J’ai souvent ri, pleuré et souri. Les chapitres courts et la plume fluide de l’auteur donnent envie de ne jamais pauser le livre. En revanche, j’ai trouvé le début un peu trop long et il m’a manqué la poésie et la magie orientale dans ces lignes. C’est peut-être idiot mais lorsque j’ouvre un livre sur l’Orient, je m’attends à la magie des «Mille et une nuits » et ici, je ne l’ai pas retrouvé. C’est donc pour ces petits regrets que je ne peux pas mettre le livre en coup de cœur, bien que pourtant je me sois délectée de cette lecture. Je ne tarderai pas d’ailleurs à me lancer dans la lecture de la suite : « Fatima », dernière fille au corps de garçon de Khadija et du Prophète, Muhammad.

L’avis de La Labyrinthèque :

Marek Halter rend hommage à une femme de caractère, dont l’amour et la finesse d’esprit imprègneront Muhammad, le futur prophète de l’islam.
Le rythme est assez lent, et ce n’est qu’à la moitié du roman que Khadija, déjà veuve, se marie à Muhammad, de dix ans son cadet.
Commerçant et dirigeant des caravanes, leur existence prospère jusqu’à une série de catastrophes qui frappe la Mecque : peste, sécheresse, pluies diluviennes. Alors que les grands dignitaires s’enfuient en pensant que leur dieu Hobal les a abandonnés, Khadija décide de rester.
De plus en plus dubitatifs quant à la puissance d’Hobal, Khadija et Muhammad apprennent bientôt, grâce à d’anciens parchemins de savoir, l’existence d’un dieu de parole, un dieu qui n’aurait aucune représentation humaine ou animale, et qui purifie les siens par les eaux. Peu avant la mort de Khadija, Muhammad obtiendra la révélation, dans une grotte du désert.
Ce roman permet de comprendre les mœurs et mentalités de l’époque, ainsi que la place réservée aux femmes ; si elles sont certes à l’écart de certains savoirs sacrés ou des assemblées officielles, elles n’en ont pas moins leur mot à dire, comme le prouve Khadija en gérant elle-même ses finances et en s’adressant aux foules pour les convaincre de la félonie des hauts dignitaires ayant fui La Mecque aux heures les plus sombres.
Le roman reste au final assez succinct quant aux évènements historiques, accordant plus de place à des conversations ou des détails qui malheureusement peinent à nous passionner pleinement.
En revanche, l’analyse de la vieillesse chez la femme, entre amertume, révolte et angoisses, est extrêmement réaliste et a le mérite de mettre en valeur une femme « mûre ».

 

« 1984 » de George Orwell

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Résumé :

« De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire vous fixait du regard. BIG BROTHER VOUS REGARDE, répétait la légende, tandis que le regard des yeux noirs pénétrait les yeux de Winston… Au loin, un hélicoptère glissa entre les toits, plana un moment, telle une mouche bleue, puis repartit comme une flèche, dans un vol courbe. C’était une patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens. Mais les patrouilles n’avaient pas d’importance. Seule comptait la Police de la Pensée. »

Mon avis : ♥♥♥♥♥

« BIG BROTHER IS WATCHING YOU ! »

Que l’on ai lu ou non ce livre, nous connaissons tous cette phrase mythique et mystique… Et lorsque j’ai commencé cette lecture, je n’échappais pas à cette règle. Je savais de quoi parlais ce classique, j’en ressentais d’avance le climat oppressant sous l’œil omniscient de l’Etat personnifié en BIG BROTHER ainsi que le peinture du totalitarisme ! Et pourtant, croyez-moi, j’étais loin des ressentis et du bouleversement qui se passe en nous au fil des pages.
On suit Winston Smith, membre du Parti extérieur, qui nous raconte cette société de 1984. Divisée en trois groupes, le Parti Intérieur, le Parti Extérieur et le Prolétariat qui ont chacun leurs règles et Winston faisant parti du 2ème est dans la catégorie la plus contrôlée. Il nous conte la propagande, l’appel à la haine, le contrôle sur l’individu jusqu’à la glaçante Police de la Pensée, la surveillance constante jusque dans les appartements, le conditionnement sans réel interdit, le non-droit du mariage d’amour et du plaisir sexuel… En clair, on découvre ébahit un régime totalitaire perfectionniste dont il semble qu’on ne peut échapper ou sortir du lot. Et tout cela sous contrôle d’un dirigeant jamais vu publiquement, peut-être même inexistant, mais qui exerce les pleins pouvoirs sur un peuple avec lequel il joue et auquel il fait croire ce qu’il veut…
Une société qui glace le sang. Bien sûr, aujourd’hui notre monde n’est pas tel que le décrit Orwell, mais les troublantes similitudes font peur. Il nous pousse au raisonnement jusqu’à parfois remettre tout en cause. « Celui qui a le contrôle du passé, disait le slogan du Parti, a le contrôle du futur » car en effet, l’Histoire est écrite et transmise. Mais écrite par qui ?! A quel moment ? Dans quel but ? Et pour le confort de qui ? Et si, des faits étaient modifiés, rectifiés par des mains opportunistes. Lequel d’entre-nous pourrait avoir la preuve de la falsification ? La vérité est dans les livres même si elle est fausse. Voici un exemple de questionnement au sortir de cette lecture. Mais d’autres viennent à nous, la guerre en est un autre exemple. Orwell nous dépeint la guerre froide, nous explique le pourquoi et forcément en ces temps troubles des questionnements surgissent. Ou encore la surveillance constante, n’est-on pas nous aussi perpétuellement tracés? Le portable, le pass Navigo, les GPS, Instagram, Facebook, Snapchat, même les Iphone sont maintenant capables tout seuls de nous nommer un numéro inconnu qui nous appelle… Mais, je vais m’arrêter là, je ne voudrais pas trop en dire.
Ce livre est un drame humain, un cri de désespoir qui montre bien l’état d’esprit littéraire d’après-guerre. Le besoin de reconstruction et la perte d’espoir en l’homme et ses semblables, en l’homme pour ses semblables. Un roman qui écrit quelques années avant aurait rejoint la liste de l’Inquisition. Le tout écrit avec une plume incisive et captivante ! Un classique à lire, bien qu’il laisse un goût amer et nous interroge sur notre société de façon profonde.
coup de coeur

« Kafka sur le rivage » de Haruki Murakami

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Résumé :

Un adolescent, Kafka Tamura, quitte la maison familiale de Tokyo pour échapper à une malédiction œdipienne proférée par son père. De l’autre côté de l’archipel, Nakata, un vieil homme amnésique, décide lui aussi de prendre la route. Leurs deux destinées s’entremêlent pour devenir le miroir l’une de l’autre, tandis que, sur leur chemin, la réalité bruisse d’un murmure envoûtant.

Mon avis : ♥♥♥♥♥

Lorsque j’ai commencé cette lecture, je ne m’attendais pas du tout à cela. Une amie me l’a conseillé et en me lançant dans l’aventure Murakami dont j’avais souvent entendu le nom, étrangement je ne pensais pas : fantastique ! Imaginez donc ma surprise quand Nakata se met à discuter avec un chat, une belle surprise d’ailleurs qui m’a laissé étonné et rêveuse (et oui, un rêve de petite fille ! Comme dans Sailor Moon, je parle souvent à mes chats, m’enfin je comprends pas ils ne me répondent jamais, les bougres !!). La suite m’a hypnotisé bien que parfois j’étais plus dans le cauchemar que dans le rêve ! Mais maintenant que le postulat de base est posé, passons à la suite…
Kafka et Nakata, que rien ne lie de primes abords, prennent tous deux la route pour des raisons différentes. Mais la quête ou la sortie de ce labyrinthe sera la même, celle d’eux-même. C’est donc une quête initiatique des deux personnages qui se trouve dans ces pages. Si l’un fuit la maison parentale pour éviter la malédiction prophétique émise par son père, à savoir « tu tueras ton père puis coucheras avec ta mère et ta sœur« , l’autre prend la route suite à un meurtre qu’il a commis et pour remettre en place ce qui à été déplacé dans sa jeunesse. Bon tout cela reste confus, je vous l’accorde, mais c’est aussi la beauté du livre. Cet ouvrage est dur à conter, il se lit et se vit…
En effet, Murakami joue avec le fil sensible qui sépare la réalité du rêve et du fantastique. Avec de nombreuses métaphores, il navigue entre onirisme et réalité nous laissant parfois un peu dans l’obscur et donnant ainsi la possibilité au lecteur de sa pleine imagination. Si bien que tout le mystère ne s’éclaire pas entièrement même à la fin. En clair, il nous donne un élan et nous laisse vivre notre lecture. Je pense que chacun à sa propre émotion dans ses pages, chaque scène résonnant en nous face à notre expérience et à ce qui nous touche. Le mystère retient d’abord notre attention, puis la magie de cette douce avancée fantastique nous prends, nous hypnotise et tisse une toile de plus en plus épaisse dont on ne veut plus s’échapper. Il nous enivre de sa plume qui semble nous dire : « Tout est possible ».
Et au-delà de cette brume mystérieuse et divine dont parfois les passages sont insoutenables, d’où mon utilisation de cauchemar au début, l’auteur nous livre une montagne de références littéraires et culturelles. Tout d’abord prenons le prénom du personnage central, Kafka qui a lui-même choisit ce nom pour sa fuite. Celui-ci est plein de sens si l’on reprend les œuvres du célèbre auteur thèque homonyme : « La Métamorphose » comme le nom de l’oeuvre l’indique, mais aussi l’idée du labyrinthe dans « Le Château » et la peinture brute de la condition humaine dans la presque totalité de ses œuvres. Ensuite, parlons du récit lui-même qui reprend le mythe d’œdipe et se construit autour de lui comme une tragédie grecque, une sorte d’épopée contemporaine. Et pour finir, Kafka étant un grand lecteur et s’installant dans une bibliothèque, les références littéraires défilent donc pour le plus grand bonheur de son lectorat.
Murakami est en conclusion un ovni divin que je ne peux que vous conseiller si vous n’avez pas encore tenté l’expérience. Car que l’on aime ou que l’on déteste, on ne peut nier qu’il a une patte bien à lui qui le rend unique en son genre dans notre si chère littérature.

coup de coeur

« Trois jours et une vie » de Pierre Lemaitre

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Résumé :

« À la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt.
Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir. Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien… »

Mon avis : ♥♥♥♥♥

Je me suis lancée dans ce livre pleine de bons sentiments, j’avais entendu parler de l’auteur moult fois et j’étais presque sûre d’adorer sa plume ! Et bien, c’est pourtant une chronique courte et mi-figue mi-raisin que je vais vous présenter aujourd’hui sur ce roman…
On suit un jeune garçon de 12 ans, Antoine, qui après avoir été abandonné par ses copains [dont l’un a reçu la Playstation] décide de se construire sa cabane dans les bois en espérant qu’ils reviendront et la trouveront au top ! C’est l’histoire d’Antoine, l’histoire du dur passage de l’adolescence, l’histoire d’un garçon que son enfance marquera jusqu’à l’âge adulte lui laissant une épée Damoclès au dessus de la tête. Et oui ! Sans pouvoir vous en dire trop, plusieurs drames vont se produire et le retourner complètement, le marquer à vie… La mort d’Ulysse, le chien des voisins, pour lequel il a un amour sans limite et la disparition de Rémi Desmedt, 6 ans, le fils des voisins… Deux drames qui s’emmêlent de façon remarquable car tout commence avec la mort d’Ulysse ! Une suite d’évènements tragiques dont Antoine est à la fois l’auteur et le spectateur face à ses propres démons et ensuite face à ses peurs.
J’ai aimé le début, très rapide qui nous plonge dans le vif du thriller et de la culpabilité. Je me suis même dit : « Wahou ! Voilà un auteur percutant qui ne perd pas de temps ! ». Et puis, ensuite, le récit tourne en rond… C’est là ce qui m’a posé souci ! Car bien que j’ai trouvé l’idée géniale, j’en reste un peu déçue ! Je ne saurai vous en dire plus sans en dévoiler trop sur l’histoire et donc vous spoiler ! J’en reste donc là, mais je pense que les lecteurs de ce roman sauront ce que je veux dire par « tourner en rond »…
En bref, une histoire que j’ai tout de même apprécié lire mais qui, je pense, ne me laissera pas un souvenir intense de lecture !

LC Nath & Nina #1 – « The Girls » d’Emma Cline

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Résumé :

Evie Boyd, adolescente rêveuse et solitaire, vit au nord de la Californie à la fin des années 1960. Au début de l’été, elle aperçoit dans un parc un groupe de filles. Interpellée par leur liberté, elle se laisse rapidement hypnotiser par Suzanne et entraîner dans le cercle d’une secte. Elle ne s’aperçoit pas qu’elle s’approche à grands pas d’une violence impensable.

L’avis de Nina :

Encore une belle LC avec toi, Nath ! Encore une belle aventure ! Merci pour ce partage !
Depuis le temps que je voulais me plonger dans la lecture de ce roman… Me voilà comblée grâce à cette LC avec Nath de Mes Lectures du Dimanche ! Oubliez tous les commentaires racoleurs que vous avez entendus sur lui : « C’est l’histoire du groupe de Charles Manson, truc de fou, une tuerie (au propre comme au figuré) ! ». Ce magnifique ouvrage n’a pas besoin de ça pour se faire sa place dans la littérature contemporaine et il vaut bien mieux que cette triste réduction, croyez-moi 🙂
L’auteur nous plonge dans la tête d’Evie Boyd à deux âges différents. Une Evie adulte, solitaire et écorchée vive, qui nous raconte l’histoire d’Evie adolescente. Paumée, mal dans sa peau, en quête d’amour et d’aventures. La plus jeune entraînera avec elle le devenir de l’autre, forcément. A quatorze ans, rejetée par sa meilleure amie et face à des parents qui la délaissent, elle va faire la rencontre de Suzanne. Une jeune brune énigmatique qui dégage un aura de liberté avec sa tignasse mal peignée, son air un tantinet provocateur et son groupe d’amies si soudés. Le destin les met plusieurs fois sur la même route, jusqu’à la rencontre décisive où Suzanne emmène  Evie au ranch et lui présente le reste de l’équipe. Russel, le gourou aimé et adulé de tous, et les autres. Pour la plupart : des filles, « The girls ». Les filles capables de tout, les filles au centre du roman de l’auteure, ces filles en mal d’amour mais si puissantes, ensemble. Evie est électrisée et n’a de cesse de vouloir fusionner avec elle, faire partie de ce groupe. Ne faire qu’un avec « les filles » pour affronter la vie. Une plume puissante nous conte les ressentis et les actes, à grand coup de périphrases poétiques et hypnotisantes, nous entraînant au fur et à mesure dans la solitude, les joies du groupe, et la descente rapide dans la violence, jusqu’à la peur, l’abandon et l’irréparable.
Au-delà de la reprise modifiée du faits-divers de 1969, Emma Cline nous offre une analyse en profondeur des recoins du cœur adolescent sous la forme d’un récit didactique. Entre recherche de soi, solitude, peur de l’abandon, besoin d’amour et besoin d’appartenance à un groupe, Evie se retrouve face à sa propre noirceur sous couvert d’une forte envie de faire ses preuves, pour se faire aimer et garder au sein du ranch, auprès de Suzanne. Et elle oscille ainsi, sans cesse, sur le fil du bien et du mal sans se soucier de quel côté ses actions la mènent, tant que le groupe la reconnait. Tant que le groupe de l’abandonne pas !
Au final, on se retrouve tous un peu en Evie. Dans la recherche d’identité, le trouble adolescent et le besoin d’appartenance à un groupe, peut-être pas dans celui-ci, mais dans n’importe quel autre groupe qui a pu croiser notre route au lycée… Ce roman se place au rang d’un livre à faire lire à nos ados, dans la lignée de « L’herbe bleue » ou de « Christiane F » que nos parents nous collaient dans les mains à grands renforts de « Il faut que tu lises ce livre, je t’assure, c’est un classique ! » implorant l’univers qu’il nous écarte à tout jamais des drogues et des mauvaises fréquentations… Un roman universel et intemporel qui offre à la jeune auteure la place d’un « talent à suivre » !

L’avis de Nath :

Aujourd’hui, on va mettre des filles à l’honneur… D’abord une fille, l’adorable Nina, du Rest’o Littéraire, parce qu’elle est la provocatrice de cette nouvelle Lecture Commune. Décider d’une lecture commune, c’est assez facile ! Mais décider de LA lecture commune, ça l’est tout de suite beaucoup moins ! Ayant chacune des PAL à rallonge, il a fallu choisir, et le résumé de « The Girls », qui faisait envie à Nina, a trouvé écho dans mes goûts de lectrice. Ce qui m’a appâtée, c’est que l’histoire est une version romancée du terrible fait divers de 1969, à savoir les meurtres sanglants qu’ont commis les membres de la secte de Charles Manson. (Qui vient de chuchoter que c’est « sanglants » qui m’a appâtée ?? Ouais, ben t’as vu juste !)
C’est un avis à deux vitesses que je vais donner, pour une lecture qui s’achève en demi-teinte pour moi…
Il y a le fond, que j’ai beaucoup aimé : Evie Boyd a 14 ans. On le sait, à cet âge-là, une simple rencontre peut s’avérer catastrophique, tant on est vulnérable et influençable… C’est l’époque où une dispute avec sa meilleure amie peut prendre des proportions inattendues, c’est l’époque où l’on ressent tout puissance 1000… Et justement, Evie traverse une période agitée pour son moral : ses parents se sont séparés, dans un schéma somme toute très classique : papa s’est trouvé une petite jeune après avoir profité longtemps du pognon de maman qui, de son côté, laissée sur le carreau, tente de retrouver jeunesse et beauté en accumulant pathétiquement les relations nouvelles, amicales ou amoureuses, pour s’éloigner le plus possible de ce qu’elle a été avant. Papa et Maman sont donc très occupés à se regarder le nombril, en oubliant leur fille. Déjà démoralisée par sa rentrée toute proche dans un pensionnat, Evie s’embrouille avec sa meilleure amie. Elle se sent seule et incomprise, jusqu’au jour où sa route croise celle de Suzanne et de ses amies. Avec elles, Evie découvre « le ranch », dans lequel elles vivent en communauté, sous la « tutelle » d’un certain Russel, un pseudo-gourou dégoulinant d’amour de l’autre… mouais, je m’arrête là, car je vais devenir cynique… Revenons-en au fond… L’auteur décrit avec, je pense, beaucoup de justesse ce qui peut se passer dans la tête d’un jeune pour qu’il commette l’irréparable, poussé par de mauvaises influences dont il ne reconnaît pas la nocivité, aveuglé qu’il est par le simple fait que quelqu’un semble enfin lui porter de l’intérêt.
Paf ! Nous y voilà ! Je suis une indécrottable révolutionnaire, avec un caractère pourri mais bien trempé. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il m’est totalement impossible d’accepter pour seule excuse la faiblesse. Je ne comprends pas. J’ai beau tourner et retourner les faits, les ressentis qui sont décrits avec beaucoup de sensibilité par l’auteur qui a une très jolie plume, rien n’y fait. Je n’accepte pas, je ne peux pas comprendre qu’on puisse se laisser embarquer dans une secte, dans un vol, que sais-je, tout ce genre d’embrouilles dans lesquels Evie plonge la tête la première. Attention qu’il s’agit là simplement de MON avis, et que je reconnais humblement que je suis, pour cela, totalement intolérante. Le livre « Le faire ou mourir » (ma chronique ici) avait déjà déclenché mon agacement, alors que c’est un livre tellement encensé par la critique. Bien sûr, à cet âge-là, comme je le disais plus haut, on est forcément plus fragile et c’est la mère d’Evie qui aurait dû réagir, ressentir l’égarement de sa fille. Je ne dis pas que seuls les êtres mauvais se laissent embarquer. Mais j’ai tendance à croire que la faiblesse est souvent une excuse toute trouvée pour commettre l’irréparable. C’est d’ailleurs là que le bât blesse, car j’ai une histoire personnelle… Ce genre de blabla, j’y ai eu droit quand on m’a fait du mal et qu’on s’est caché, pour s’en excuser, derrière le fait d’avoir été « victime d’un manipulateur capable de retourner les esprits… » …
Bref, si je trouve que l’auteur plante savamment le décor, décrit avec minutie la chute libre qu’a vécue Evie et combien toute sa vie elle a dû en payer le prix, je reste de marbre. Ajoutons à cela une lecture qui s’écoule avec pas mal de langueur, dans un exact reflet de la situation vécue au ranch, vous avez là les ingrédients qui font la partie que je n’ai pas aimée.
Cependant, certaines choses m’ont touchée, comme quand l’Evie adulte fait ressortir à quel point le silence d’une jeune fille peut être assourdissant pour quelqu’un qui sait l’entendre… J’ai aimé que l’auteur souligne que si chacun de nous était plus attentif aux autres, nombre de drames seraient évités. Elle ne le dit pas comme cela, mais c’est le message qu’il me semble que nous devons comprendre. En cela, je la rejoins entièrement. Ce roman sonne comme une mise en garde, et cette partie-là m’a énormément plue. Parce que, toute révolutionnaire que je sois, j’ai un cœur gros comme ça et j’essaie de mon mieux d’être présente pour mon entourage, proche ou moins proche. Et cette constatation que je me fais moi-même tous les jours sur le nombrilisme de notre société me peine. « The Girls », au final, doit pouvoir toucher un large public et être lu comme un avertissement. Ce n’est pas parce que je n’ai pas réussi à comprendre Evie que je ne suis pas consciente des dangers pour nos jeunes, et, en tant que maman, cela me sensibilise d’autant plus à rester attentive…

« Syndrome O » de Bénédicte Vidor-Pierre


Résumé :

Primatologue, Ben entretient une relation très particulière avec les grands singes qui occupent le zoo où elle travaille.Malgré son asociabilité, elle est liée avec la fêtarde et libertine Châle, et Marie-Céline, un peu cruche mais attachante.
Le quotidien de ces trois femmes s’enracine, au fur et à mesure, au cœur de la frontière entre l’Homme et l’animal qui s’avère de plus en plus trouble.

Mon avis : ♥♥♥♥

En premier lieu, je tiens encore une fois à remercier l’auteur, Bénédicte Vidor-Pierre, pour la confiance qu’elle m’a donné en m’envoyant son bébé. Je suis très contente et très fière d’avoir pu lire ce roman et de ce partenariat blogueur/auteur ! 🙂
Maintenant, venons en au livre ! On suit le quotidien de trois femmes et amies complètement différentes : Ben, primatologue introvertie à qui les codes de la société sont totalement étrangers, Châle qui vit en quête perpétuelle de plaisirs et excès, et enfin, Marie-Céline, raisonnable et croyante qui rationalise un peu près tout sauf sa foi (quoi que !). Sur fond de leurs rendez-vous amicaux, on voit Ben avancer auprès des singes, dans sa relation à eux, qu’elle considère comme presque plus humains que les humains. Un lien étrange s’établit et l’on en vient à se demander si elle n’a pas raison…
J’ai beaucoup apprécié cette lecture, riche en débats philosophiques passant par le darwinisme, l’épicurisme ou encore le cartésianisme. Un roman qui pousse à la réflexion sur le genre humain et son lien étroit avec nos amis, les animaux. Un coup de pied dans la fourmilière des codes établis et des frontières entre Homme et animal.  Aristote et son « l’homme est un animal social » n’a qu’à bien se tenir face à Ben dont le côté animal est, certes, fort développé mais l’aspect social complètement désuet. En bref, une pépite philosophique qui entre-mêle des pensées fort différentes ! Chapeau à l’auteur !
Malgré le plaisir que j’ai eu à cette lecture, j’ai quelques bémols à mettre en avant :
  • la construction du roman, ou du moins son organisation, qui passe parfois trop vite d’une scène à l’autre sans réellement nous y préparer rendant la transition un peu confuse.
  • Enfin… J’en voulais plus ! Ce n’est pas un vrai bémol mais je pense que l’approfondissement de certaines scènes auraient étoffé le roman ! Surtout que la plume de l’auteur est très agréable ! Franche, directe et subtile : un régal !

Encore une fois merci à l’auteur et aux éditions abordables, et à vous tous mes croq’mots : n’hésitez pas 🙂