Le Consentement – Vanessa Springora

Découverte Actualité – Éditions Grasset – Prix : 18,00 €

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Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. À treize ans, dans un dîner, elle rencontre G., un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses œillades énamourées et l’attention qu’il lui porte. Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin «  impérieux  » de la revoir. Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables. Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire. V. tente de s’arracher à l’emprise qu’il exerce sur elle, tandis qu’il s’apprête à raconter leur histoire dans un roman. Après leur rupture, le calvaire continue, car l’écrivain ne cesse de réactiver la souffrance de V. à coup de publications et de harcèlement.
«  Depuis tant d’années, mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence  : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre  », écrit-elle en préambule de ce récit libérateur.

Amour & Fracture

Cet ouvrage m’a chamboulée… Non seulement, en tant que femme, mais il m’a aussi rappelé ma fragilité adolescente ainsi que celle des loulous dont je m’occupe quotidiennement. Je dirais que ce livre est la réclamation intense de panser une blessure et que cette volonté se manifeste tout le long des pages. Un cri muet qui résonne dans chaque parcelle de notre humanité.
Vanessa nous raconte, avec toute la fugue de l’adolescence, son histoire d’amour ; oui, d’autres mots serait une ineptie, parce qu’il s’agit bien de cela de son côté. Elle retranscrit avec justesse le portrait de cet homme dont elle est tombée amoureuse et l’on peut ressentir chaque émotion à travers ses mots : le plaisir d’être regardée par un homme, puis celui d’être mise en avant ; l’admiration qu’elle éprouve pour son ethos d’écrivain ; le besoin de se sentir importante pour un homme lorsque le père est absentéiste ; le fil terrible du passage entre l’enfance et l’adolescence ; le mal-être et le besoin d’exister à travers les yeux de quelqu’un… Bref, un concentré d’adolescence pur livré en pâture à un homme malsain et expert dans son aliénation. Puis, Vanessa ouvre les yeux sur cet homme, et là, c’est la descente aux enfers, la facture intérieure. La honte et la culpabilité lui atterrissent sur les épaules tandis que ce salaud – pardon mais je n’ai pas d’autre mot – se pavane sur les chaînes TV salué par la critique pour sa plume ! Une plume qui n’épargne aucun détail de sa décadence sexuelle : Matzneff est « un homme à minettes » et on l’adule pour ça.

Scandale & Abus d’autorité

Bien que je connaisse le contexte social de l’époque – libération sexuelle, explosion de l’interdit, volonté d’émancipation – je n’en arrive pas plus à comprendre comment on a pu accepter cela. Un homme de 50 balais qui raconte dans ses ouvrages comment il sodomise des gamines et des gamins de 15 ans ? C’est ça, l’art et la littérature ? Une cachette pour dépravé ? Et quand j’ai lu les noms de ceux qui ont défendus par pétition le droit pour les mineurs d’avoir des rapports sexuels avec des adultes.. C’est bien simple le livre m’est tombé des mains. Un scandale qui n’a pas assez éclaté à mon goût. Comment peut-on laisser tout ça croupir et pourrir ? C’est insupportable.
Matzneff a abusé de son autorité pour satisfaire ses désirs luxurieux. Matzneff a saccagé la vie de ces mômes. Matzneff a harcelé Vanessa toute sa vie sans lui laisser de repos. Matzneff a possédé ses enfants jusqu’à les mettre en scène par écrit et les enfermer dans des livres vendus en masse. Matzneff est en Italie plutôt que de répondre de ses actes. Matzneff se plaint d’être détruit socialement. Matzneff me fout la gerbe.

En une phrase…

Un livre vital !

 

18 réflexions sur “Le Consentement – Vanessa Springora

  1. Pingback: Le consentement, Vanessa Springora – Pamolico : critiques, cinéma et littérature

      • Je reviens donc après avoir dévoré le livre cette nuit ! J’ai eu la même réaction que toi lorsque j’ai vu les signataires, tellement que j’ai retenu la page depuis hier : 63. J’ai du relire les noms plusieurs fois pour vérifier que j’avais bien lu « Simone de Beauvoir » par exemple. Quel choc ! Et comme tu dis, le dégoût et l’incompréhension. On n’en a pas parlé assez.

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